Pierres de mémoire

Depuis que la chienne Melba est entrée dans ma vie, mes journées sont rythmées d’une sortie running avec elle, le matin, et d’une promenade, le soir. Chaque jour, vers 17h00, j’emprunte invariablement le même itinéraire (pas d’autres choix, en ville) pour que Melba puisse se défouler les « papattes » et faire ses « petites affaires »… C’est grâce à ces promenades quotidiennes que j’ai découvert un lieu auquel je n’avais jamais prêté attention jusqu’alors. Il faut dire que j’y passais en courant, sans prendre le temps de m’y arrêter pour savoir qu’elle était cette étrange installation de pierres…

En effet, sur l’esplanade de la Trinité, derrière la médiathèque François Mitterrand de Saint-Denis, se dressent sept pierres de différentes tailles et formes. En se rapprochant, on remarque que les pierres sont gravées. Gravées dans des langues différentes. Les graphies chinoises et tamoules sont immédiatement identifiables. Une troisième est couverte d’un texte en anglais. Pour les autres, on hésite. Est-ce du français ? Du créole ? On repère quelques mots rappelant du malgache ou du créole sur deux pierres. Et puis que signifie les textes ? Pas facile de les comprendre. On tourne autour des pierres pour déchiffrer les mots. L’une d’elle semble être en français, mais les mots sont étranges, inconnus tout en étant familiers. Troublant. Alors pour en savoir un peu plus sur ce lieu et ces pierres j’ai mené ma petite enquête.

Archipel de pierres gravées

Ces pierres font partie d’un ensemble plus vaste qui compose le mémorial aux esclaves de la Réunion. Il a été inauguré le 20 décembre 1998 à l’occasion des cérémonies du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à la Réunion (petit rappel, Sarda Garriga a annoncé que l’esclavage était aboli sur l’île, le 20 décembre 1848). Ce sont deux dalles gravées, posées sur l’herbe, comme un livre ouvert, qui nous l’apprennent. On découvre aussi que les pierres gravées ont été réalisées par Eric Pongérard, sculpteur réunionnais et que les textes ont été écrits par Pierre-Louis Rivière, écrivain réunionnais.


Chacune des sept pierres a été gravées dans une des langues des communautés ayant créé la langue créole : le français, le tamoul, le malgache, le swahili, le chinois, l’anglais et, bien sûr, le résultat de tout ce métissage linguistique : le créole.  Mais pourquoi avoir gravé des pierres ? Pour le sculpteur, il s’agissait d’un travail de scarification de la pierre. Ces gravures symbolisent les scarifications qui servaient à marquer les esclaves. Des marques indélébiles sur la peau, des cicatrices en relief.

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Ces pierres n’ont pas été posées au hasard sur l’esplanade. Elles sont dressées sur des petites buttes de terre et d’herbe qui semblent émerger du sol, comme autant d’îles composant un archipel. En se plaçant dos à Saint-Denis, le positionnement des pierres prend sens. La pierre gravée en créole s’impose. A sa droite, la pierre gravée en Swahili, symbolisant l’Afrique, et à sa gauche, la pierre gravée en malgache pour la grande île qu’est Madagascar. Un peu plus loin, l’Inde et la Chine sont symbolisées par les pierres gravées en Tamoul et en Chinois. Les deux autres pierres représentent l’Europe avec celle gravée en anglais et celle gravée en français, qui est la plus éloignée. Autour de ces pierres, des arbres majestueux se dressent. Rappel des pays évoqués par les pierres, comme les baobabs d’Afrique ou l’imposant banian venu de l’Inde…


Un peu plus loin, un croissant de béton semble sortir de terre, comme si on avait creusé pour le mettre à jour.

Au centre de ce mur incliné, encore des mots gravés dans la pierre : « à la mémoire des esclaves réunionnais 20 décembre 1848 / 20 décembre 1998 ». Pour le sculpteur, ce mur incliné symbolise un pouce géant qui aurait appuyé sur le sol pour y laisser son empreinte. Un pouce qui aurait fouillé la terre en quête de traces.
Au moment de l’inauguration, Les mots gravés sur le mur n’existaient pas. A la place, sept plaques de verre ciselées avaient été fixées sur le mur de béton. Des plaques portant les noms de 1848 esclaves, en mémoire aussi à l’année de l’abolition. Mais suite à des actes de vandalisme, les sept plaques ont été remplacées par une plaque de basalte portant une inscription à la mémoire des esclaves.

A quelques mètres, à gauche de ce mur, six stèles de métal rougi semblent surgir de terre en formant un arc de cercle.

En se rapprochant, on découvre que chacune d’entre elles présente un personnage qui a marqué l’histoire de la Réunion : Etienne Régnault, commandeur de Bourbon et fondateur de Saint-Denis ; Félix Guyon, chirurgien et fondateur de l’école urologique française, né à la Réunion ; Furcy, un affranchi ; Catherine Heros, l’une des premières femmes de l’île ; Anne Mousse, une des premières natives de l’île (peut-être même la première) ; Abdelkrim Al-Katthabi, chef de guerre exilé à la Réunion.

    

    

     

Ces pierres gravées – que l’écrivain, Pierre-Louis Rivière décrit dans son texte comme des « crânes anciens, roches hantées par l’âme des morts » – et l’inscription du mur sont un bel hommage aux esclaves, dont les noms et les sépultures ont été oubliés. Elles racontent, à leur manière, l’histoire de l’île de la Réunion, ancienne colonie française. Une histoire née dans la souffrance et l’humiliation de l’esclavage. Avec, au final, une île unique où des peuples différents se côtoient pour n’en former qu’un et des langues d’origines diverses qui ont donné naissance au créole réunionnais.

Ce lieu de mémoire a été inauguré en présence de nombreuses personnalités politiques et religieuses de la Réunion : le représentant de l’UNESCO, le Ministre de l’Outre-Mer, le Député Maire de Saint-Denis, le Préfet de la Réunion, le Président du Conseil Général, le Président de la Région, le Président du comité de la célébration de l’abolition de l’esclavage. Aux côtés de tout ce beau monde, de nombreux Réunionnais sont venus assister à l’évènement.  A l’origine du projet du mémorial, le FRAC (Fond Régional d’Art Contemporain). Le projet de l’esplanade a été choisi par la ville de Saint-Denis et financé par le Conseil Général.

Mais toutes ces personnalités et ces curieux – ainsi que les promeneurs qui déambulent chaque jour sur le mémorial – n’ont sans doute pas réalisé le travail titanesque que le projet nécessitait. Les pierres ont été acheminées depuis la Montagne et placées sur l’esplanade. Elles ont été sculptées sur place par l’artiste, qui a veillé à en respecter les formes et les ondulations. Le sculpteur a débuté sa gravure par le haut de la pierre, et a tourné autour d’elle jusqu’en bas. Le texte, quant à lui, a été confié à un écrivain réunionnais. Mais pas question pour le sculpteur de graver un texte moralisateur, historique ou didactique. Place à la poésie et à la magie. L’artiste veut une « sculpture de mots ». Alors l’écrivain s’amuse avec les sonorités créant un texte énigmatique où les mots s’entrechoquent, se télescopent, s’inventent. Un texte que le curieux est amené à décrypter, tel un archéologue.

Voulez-vous vous amuser à décrypter le mystérieux texte des pierres ? Voici la version en français créé par Pierre-Louis Rivière et gravé par Eric Pongérard :

« devenaître hemmne. aller, alliés. écrouler le trembletrouble. mormur. mémorte de l’île exailée et l’amer. bonrbons suâcrés, esclavolés. encamp d’enchaîn aboyli. s’éffalcent les routes, les larmes même. horigêne. hontétue. je caresse la rochecrâne hentée, sans peur. aux peaupierres, éclosent les évoulûttes enluminhumaines. muez ! muez ! errebois, arbres marcherrants. rêvivre, andrihonour, humamhoureux de la divoîle morgabelle »

Alors ? Vous avez réussi ? Pas facile hein ? Allez, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. Voici la version transmise aux traducteurs. Magnifique, non ?

« Devenir, naître enfin humain, pleinement, comme un chant. Aller, avancer solidaire. Abattre la peur qui nous empêche, cesser les murmures stériles. Sortir de l’oubli la mémoire de l’île aux ailes arrachées, et le passé amer. L’histoire volée de l’esclavage, masquée derrière le sucre des images. Histoire d’hommes vendus aux enchères, de camps, histoire de marrons, Anchain, hommes abolis par la rage des chiens. Un jour l’avenir s’efface, falsifié, le passé aussi. Reste la gêne horrible de l’origine, cette honte tenace. Moi, je caresse des crânes anciens, roches hantées par l’âme des morts et je n’ai pas peur. À fleur de pierres, greffes nouvelles, éclosent en volutes les luttes voulues, enluminures de l’histoire humaines. Muez ! Muez ! Arbres errants, hommes pour demain. Revivez le rêve d’or, honneur d’Andrianoro, humanité enfin heureuse, amoureuse de la Diva Morgabin, l’île divine, voile levée sur l’océan, belle et orgueilleuse. »

Qu’en est-il de ce mémorial à ciel ouvert, presque vingt ans plus tard ?
Les pierres sont toujours dressées fièrement, bravant le temps et les éléments. Des promeneurs s’arrêtent pour découvrir les personnages historiques dont la vie est écrite sur les stèles de métal. D’autres déambulent entre les pierres gravées, tentant d’y lire les inscriptions. Certains s’assoient à leur pied pour lire un roman ou méditer. D’autres encore n’y font que passer, ne prêtant aucune attention aux pierres ou au mur. Et, chaque fin de semaine, des familles se réunissent autour et dans le mémorial pour le pique-nique dominical. Mais ces familles qui festoient, la musique à fond en ce lieu de mémoire, ont-elles conscience de ce qu’il représente ? Le voient-elles encore ? En comprennent-elles le sens ? Pas sûr. Surtout lorsqu’après leur départ, le sol est jonché de restes de pique-nique.
Ce mémorial, lieu de mémoire, d’hommage et d’histoire, mérite d’être respecté et préservé des actes de vandalisme. Et pour cela il semble nécessaire de lui redonner du sens, car pour beaucoup de nos concitoyens, la symbolique du lieu reste hermétique. Ce mémorial doit demeurer un lieu de méditation, de recueil et d’hommages, où les manèges bruyants et colorés n’ont pas lieu d’être (en octobre 2011, des manèges avaient été installés sur l’esplanade, provoquant l’indignation du CRAN Réunion (Conseil Représentatif des Associations Noires) face à la profanation du mémorial. Afin de rappeler à la mairie de Saint-Denis ses responsabilités, chaque pierre avait été revêtue d’un foulard noir.)

Alors, si vous passez par là, arrêtez-vous et prenez le temps de déchiffrez les pierres.

sources :
Défense du patrimoine architectural de la Réunion
Zinfos974

Publicités

L’enfance volée

Le représentant de la Ddass tend un papier à la mère. Il lui demande de signer d’une croix ce procès-verbal. Elle ne sait ni lire ni écrire. La mère hésite un instant.  Une signature contre la promesse d’un avenir meilleur, pour elle et ses enfants. Si elle accepte d’envoyer ses enfants en France, on lui a promis l’effacement de ses dettes ou une maison salubre. En France, les plus âgés de ses enfants auront une formation professionnelle ou un apprentissage. Les plus jeunes iront à l’école pour apprendre à lire et à compter. Même si la France, c’est loin… à 10 000 km d’ici. A 10 000 km de la Réunion. Elle aura de leurs nouvelles par les services sociaux et ses enfants reviendront la voir dans quelques mois. Le représentant de la Ddass l’a promis. Et puis, de toute façon, la mère sait qu’elle n’aura jamais les moyens de payer les frais d’une formation. La famille est trop pauvre.
La mère a signé, convaincue que c’est ce qu’il y a de mieux pour sa famille. Avec un pincement au cœur, elle regarde ses petits monter dans la camionnette des services sociaux. Dans quelques jours, ils s’envoleront pour la métropole et se prépareront un avenir meilleur que celui qu’elle peut leur offrir. Elle, elle n’a jamais pris l’avion. Elle ne le prendra jamais pour aller là-bas, en Métropole. Trop cher.
Ce que ne sait pas la mère, c’est que les services de l’aide sociale à l’enfance ont multiplié les fiches de signalement au sujet de sa famille. Toutes, relatent les mêmes faits : une case exiguë où s’entasse la famille, des enfants aux vêtements sales et à la santé défaillante, la situation professionnelle instable de son compagnon.
Ce qu’elle ne sait pas non plus, c’est qu’en signant ce papier, elle vient d’abandonner ses enfants. Elle n’a à présent plus aucun droit sur eux. Elle a fait d’eux, des pupilles de l’Etat. Sans s’en rendre compte, elle a été victime d’un odieux chantage. Elle n’aura jamais aucune nouvelle de ses enfants. Elle ne les reverra jamais.
Les services sociaux se sont bien abstenus de lui préciser tous ces détails.

Les enfants sont envoyés dans un foyer de Saint-Denis. Sur leurs fiches des services de l’aide sociale à l’enfance, les termes ont changé. Les enfants sont décrits comme étant robustes et bien portants. Un matricule a aussi été attribué à chacun d’entre eux. Après quelques jours dans le foyer, les enfants sont jugés prêts pour le grand voyage. On les envoie à Guéret, dans la Creuse, dans un autre foyer. Des enfants comme eux, il y en a des dizaines. Les plus jeunes ont six mois. Les plus âgés, vingt ans.
La fratrie est séparée. Volontairement. Pour faire «refluer toute expression de solidarité réunionnaise ». Les services sociaux ne se soucient pas non plus d’atténuer le sentiment de déracinement qu’éprouvent les petits Réunionnais en arrivant en Métropole. Ils ne parlent que le créole, comprennent à peine le français. Les petits métropolitains, les regardent avec curiosité, n’ayant jamais vu, en vrai, d’enfants à la peau noire. Il fait froid. Où sont le soleil et la chaleur tropicale ? Leurs parents leur manquent.

Et la formation promise dans tout ça ? Elle se fera dans les champs. Les garçons font une main-d’œuvre gratuite pour les fermiers du coin. Les filles seront utilisées comme bonnes à tout faire.
Beaucoup de ces enfants arrachés à leur île ont été victimes d’exploitation économique. D’autres ont connu les maltraitances ou les agressions sexuelles.
Certains ne quitteront jamais le foyer ou vivront dans diverses familles d’accueil. D’autres auront plus de chance. Ils seront adoptés par une famille aimante.

Cette histoire vous semble surréaliste, tirée d’un roman digne de Zola ? Eh, bien, non ! Elle s’est réellement produite. Et il n’y a pas si longtemps !

Pourquoi ? Pourquoi avoir arraché ces enfants à leur famille ? Pourquoi tous ces mensonges racontés aux parents ?
A cause d’un chiffre.
Au début des années soixante, la Creuse, comme d’autres départements de France métropolitaine, connaît une forte dénatalité et un exode rural de plus de trois mille jeunes de 18 à 25 ans, chaque année. La Creuse se dépeuple. Il n’y a plus de bras pour travailler la terre. Et elle n’est pas la seule région rurale à subir cette désertification sans précédent : la Lozère, les Pyrénées-Orientales, le Gers, le Tarn… En tout, ce sont soixante-quatre départements qui sont concernés.
Un homme a alors une idée. Une idée, qui semble au premier abord salvatrice, mais qui se révélera lourde de conséquences. Cet homme, c’est Michel Debré.
Nous sommes en 1963 et Michel Debré est alors député de la Réunion. L’île est l’un des départements français le plus pauvre de France. Si en Métropole, les régions rurales manquent de bras, à la Réunion, la natalité est galopante. Pour Michel Debré, seule l’émigration pourrait résoudre les problèmes de surnatalité et de pauvreté que connaît l’île. Si, dans les années suivantes, 37 000 adultes quittent volontairement la Réunion, pour aller travailler en France métropolitaine, ce sont des milliers d’enfants qui y seront envoyés par la Ddass.
C’est le large plan d’adoption lancé par Michel Debré.
On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Cette politique familiale en est la preuve. Pour Michel Debré, envoyer ces enfants en France avait un double objectif… louable. Ses arguments ? aider les familles pauvres à offrir une formation à leurs enfants voués à la malnutrition, à l’illettrisme et à la misère et, en parallèle, contribuer au repeuplement des départements victimes d’exode rural.
C’était l’une des fonctions du Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre-Mer). Créé en 1963, cet organisme d’Etat, voulu par Michel Debré, avait pour mission de solutionner « le problème démographique et social dans les départements ultramarins en organisant, favorisant et développant la promotion d’une émigration massive vers le territoire métropolitain », selon les termes de la résolution parlementaire.

Le but de Michel Debré était de déplacer le trop plein vers le trop vide. Pour lui, un Réunionnais ou un Breton, c’était pareil. Il concevait cette migration comme un simple déplacement spatial, sans quitter le pays.

Si certains de ces enfants étaient réellement orphelins, d’autres ont été pris à leurs parents et déclarés hâtivement orphelins par les services administratifs de l’époque. Des services sociaux qui n’hésitaient pas à forcer la main aux familles les plus vulnérables, à coup de chantage : promesse d’une maison salubre, de dettes effacées, d’avenir meilleur pour les enfants grâce à l’apprentissage, promesse de nouvelles régulières, retour des enfants à la fin de leur apprentissage…
Facile de faire signer un document officiel à une personne illettrée. Il suffit juste de lui raconter une histoire bien convaincante et surtout, de lui cacher la vérité.
Sordide.
Ainsi, combien de ces parents ont signé sans le savoir des procès verbaux d’abandon, pensant juste donner leur accord pour une formation en métropole ?

Les enfants étaient d’ailleurs fichés en trois catégories par les services sociaux : les «O» pour les orphelins, les «A» pour les abandonnés et les « RT » pour les retenus temporaires, c’est-à-dire ceux dont les liens familiaux n’étaient pas juridiquement brisés. Les fiches décrivent aussi le physique des enfants : blanc, noir, métis, hindou, mulâtre.
Un retour au temps des colonies, semblerait-il…

Quelles conséquences aujourd’hui pour ces enfants devenus adultes ?
L’avenir meilleur promis par les services sociaux n’a rien d’enviable. Beaucoup sont devenus de simples ouvriers, d’autres perçoivent le RMI ou le RSA. Certains ont été internés dans des institutions psychiatriques. Et pour tous, une vie de mensonges. Une vie brisée. Aux plus jeunes, on a raconté que leurs parents étaient morts ou qu’ils les avaient abandonnés.
Fugues, dépressions, suicides, délinquance, liens familiaux à tout jamais brisés, perte des racines réunionnaises et de l’identité (de nouveaux noms et de nouveaux lieux de naissance ont été donnés aux enfants). Telles sont les conséquences de cette politique familiale hasardeuse, dont au moins 2150 enfants réunionnais ont fait les frais, pendant près de vingt ans. De 1963 à 1982. Un tiers de ces enfants seront envoyés dans le seul département de la Creuse.

La mauvaise conscience serait-elle la cause de l’arrêt, en 1982, de cette migration forcée des enfants réunionnais ? Que nenni ! Si cette politique est interrompue, c’est pour deux raisons qui n’ont rien à voir avec la morale ou le repenti. Au début des années 80, la gauche arrive au pouvoir, ce qui réduit l’influence de Michel Debré, député gaulliste. Ces années-là connaissent aussi l’arrivée du chômage de masse. La France n’a plus besoin de main-d’œuvre venant de l’étranger ou de l’Outre-Mer. L’envoi des enfants réunionnais vers la France est stoppé.

Où en sommes nous aujourd’hui ?

Dans les années 2000, près de quarante ans après le début de ce plan d’adoption, quelques-uns de ces enfants réunionnais (alors âgés entre 30 et 50 ans) sortent du silence. Ils assignent l’Etat français, réclamant réparations et justice.
Et les mots des victimes sont durs : rafle, déportation, enlèvement, séquestration de mineurs, traite d’enfants, chantage, enfants volés, esclavagisme…

En 2005, l’association des Réunionnais de la Creuse assigne l’Etat français devant le tribunal administratif de Limoges pour que soit enfin reconnue juridiquement la déportation dont ont été victimes les enfants réunionnais.

Le 20 novembre 2013, à l’occasion du cinquantenaire du début du plan d’adoption (c’est aussi la date de la journée internationale des droits de l’enfant), une stèle commémorative est inaugurée à l’aéroport Roland Garros par la présidente du Conseil Général, Nassimah Dindar. La sculpture en bronze représente deux enfants le visage déformés par la douleur, criant et suppliant. Elle est l’œuvre de l’artiste Nelson Boyer. Le choix du site n’est pas innocent. L’aéroport est le lieu emblématique de séparation et de départs pour ces jeunes Réunionnais contraints à l’exil forcé en métropole.

En 2014, les députés français reconnaissent la «responsabilité morale de l’Etat envers ces pupilles» et une commission nationale de recherche historique des «enfants de la Creuse» est créée. L’Assemblée nationale vote une résolution mémorielle pour sortir de l’ombre, l’épisode méconnu des enfants de la Creuse.

En 2016, la commission débute ses travaux. Son objectif premier est de dénombrer et de localiser les anciens pupilles.

En 2017, la commission rend ses premiers résultats. A ce jour, ce sont 2150 enfants qui ont été recensés.

Les victimes réclament une reconnaissance de leur souffrance et une réparation des dommages. Elles demandent l’obtention de billets d’avion et d’hébergements pour se rendre à la Réunion. Elles souhaitent aussi avoir l’entier accès à leur dossier, obtenir un lieu mémoriel et que soit mis en place des cellules psychologiques.
La ministre de l’Outre-Mer, Ericka Bareigts annonce le début de l’indemnisation, la mise en place d’un accompagnement psychologique, une assistance administrative pour que les déplacés fassent valoir leurs droits. Une bourse à la mobilité est créée pour permettre aux déplacés qui n’en ont pas les moyens de retourner à la Réunion.

Ce qui reste regrettable, c’est qu’aujourd’hui encore, les Réunionnais connaissent mal cette page sombre de leur histoire récente. Certains tentent de la relativiser. Comme s’ils voulaient la remettre en cause, ou considéraient les victimes comme des affabulateurs. Comme s’il ne s’était rien passé, au final…
Or, pour aller de l’avant, il est nécessaire de connaître cette histoire récemment révélée au grand jour. Le travail de mémoire doit être fait pour pouvoir en parler sereinement et non dans un esprit de revanche ou de victimisation.

Le métissage est le futur du monde

Reza Deghati, photojournaliste au National Geographic sillonne à la planète depuis 35 ans, à la fois pour montrer des beautés présentes en chaque être humain que pour dénoncer les injustices. Ses photos connues dans le monde entier témoignent des différentes facettes de l’humanité.

Invité à venir animer des ateliers photographiques dans le sud de l’île, le photojournaliste s’est vu remettre la distinction d’ambassadeur d’honneur de La Réunion.

Le film « Futur : Reza et le futur du monde », tourné à la Réunion en 2016 et réalisé par Philippe Bonhomme fait l’éloge du vivre ensemble et du métissage. Reza Dhegati a trouvé en l’île de la Réunion une préfiguration du futur, loin des communautarismes et du repli sur soi. Pour le photojournaliste Franco-iranien, le monde de demain sera à l’image de la Réunion : un métissage d’ethnies et de couleurs de peau. La Réunion est à ses yeux un village universel, une terre de « paysages de visages ».
L’objectif de ce film est de lutter contre les ignorances et les peurs en mettant en valeur l’harmonie du métissage de la société réunionnaise.

Je vous propose le visionnage de la bande-annonce :

Pour découvrir les magnifiques photos de Reza, rendez-vous sur son site

 

La Réunion dans la course

Un diaporama pour découvrir, grâce à cette enquête d’IPSOS, la place que tient la course à pied dans le coeur (et les baskets !) des Réunionnais.

Pour les apprenants de Français Langue Etrangère, une petite aide à la compréhension :
– PCS : professions et catégories socioprofessionnelles (nomenclature de l’INSEE : Institut National de la Statistique et des Etudes Economiques)

Pourquoi tu cours ?

Lorsque l’on demande aux coureurs de justifier leur envie de chausser leurs baskets, les réponses sont souvent les mêmes : l’envie de perdre ou de maintenir son poids, améliorer son RP (record personnel), préparer la prochaine course, prendre du temps pour soi, se sentir bien (fatigué, certes, mais heureux, grâce à la libération d’hormones)

Car courir, comme tout effort long ou intense, amène la libération d’un certain nombre d’hormones :

– l’endorphine : cette hormone amène une sensation de bien-être. Cette hormone, à la structure très proche de la morphine s’avère être un puissant anti-douleur. Elle est  sécrétée quelques minutes après le début de l’effort et jusqu’à une heure après la fin de l’activité.


– la dopamine : c’est l’hormone du plaisir et de la vigilance. Elle diminue la sensation de fatigue. Après une bonne course, on se sent plus tonique grâce à la dopamine. Avec l’endorphine, elle est  aussi responsable de l’effet addictif de la course à pied.


– l’adrénaline : C’est l’hormone du stress tout comme la noradrénaline. Elles sont toutes deux sécrétées au bout de quelques secondes de course et place notre organisme dans les meilleures conditions pour produire un effort.


– la noradrénaline : Cette hormone est l’ennemie des kilos en trop ! Elle est capable d’agir sur les cellules grasses pour leur ordonner de déstocker leur gras.

Et moi ? Pourquoi je cours ? Je cours pour repousser la maladie et espérer un jour la vaincre. Car courir fait du bien autant au mental qu’au physique.

Voilà pourquoi je me lève (très) tôt pour aller courir :

Ce diaporama nécessite JavaScript.

Les secrets du vivre ensemble à La Réunion

le monde est réunionnais

A la Réunion, de nombreuses communautés cohabitent. D’origines ou de religions diverses, les Réunionnais, qu’ils soient venus d’Afrique, d’Europe, de Chine, d’Inde, de Madagascar, de Mayotte ou qu’ils soient de confession mulsulmane, hindouiste, catholique ou encore athée… cohabitent.

Bien sûr, tout n’est pas parfait. Il existe (comme partout ailleurs sur cette planète) de la méfiance ou des idées reçues vis-à-vis de l’autre, de l’étranger ou de celui qui ne croit pas comme soi. Mais ici, mieux qu’ailleurs, les communautés ont su apprendre à se connaître, à vivre ensemble, à se respecter, à se mélanger. Le métissage, au fil du temps, a estompé les frontières entre celles-ci, à tel point qu’il n’est parfois plus possible de savoir quelle est l’origine ethnique d’une personne, qui peut ainsi avoir des ancêtres venus de différents coins du globe. Ici, les couples mixtes sont monnaie courante. Mixtes par leurs couleurs de peau, mixtes par leurs origines ethniques, ou encore par leurs croyances.

A la Réunion, les cultures se mêlent aussi, donnant naissance à une cuisine métissée, à une musique originale, qui n’hésitent pas à mélanger différentes influences, ingrédients ou instruments venus de la terre d’origine des ancêtres des Réunionnais.

Ici, tout le monde a des amis kaf, yab, zoreil, malbar, zarab ou sinoi, des amis dont l’éventail des couleurs de peau se dégrade de la plus claire à la plus foncée en passant par des nuances que seul le métissage peut créer. Ici, pas d’Apartheid ni de quartiers où sont cantonnés les gens selon leur origine ethnique ou leur religion.
Ici, les églises côtoient les temples, les pagodes ou les mosquées. Ici, les croyants de diverses religions vivent côte à côte, ensemble, quotidiennement, et cela depuis les bancs de l’école.
Fait surprenant pour celui qui pose ses valises sur le sol de l’île : les Réunionnais peuvent fréquenter une église, mais aussi pratiquer le culte aux ancêtres ou participer à des cérémonies tamoules. Pour beaucoup, le syncrétisme religieux est de rigueur et s’explique par les origines de leurs ancêtres.

P1050877

Respect, cohabitation, partage, tolérance… sont les mots-clefs du vivre ensemble de la société réunionnaise. Mais cet équilibre reste fragile et c’est à chacun d’être vigilant afin de le maintenir.

La Réunion, terre de métissage, porte vraiment bien son nom !

 

 

Destination Réunion sur France Inter

Je vous propose d’écouter cette émission du samedi 20 février 2016 « CO2 mon amour », qui nous emmène à …  l’île de la Réunion, bien sûr !

CO2 mon amour

Denis Cheissoux interviewant le garde du Parc National, Yannick Zitte à Cilaos.
(source photo : France Inter)

Après avoir interviewé la maire de La Possession, Vanessa Miranville, à propos du développement environnemental, le journaliste Denis Cheissoux propose un voyage au coeur du Cirque de Cilaos  avec le garde du Parc National, Yannick Zitte.

Vanessa Miranville

Vanessa Miranville, maire de la commune de la Possession

Bonne écoute !

 

CO2 mon amour 2

Denis Cheissoux et le garde du Parc National, Yannick Zitte à Cilaos.
(source photo : France Inter)

La Réunion à sa source

Allez ! Après les excès de table de Noël, il est temps d’éliminer ! Et en attendant le réveillon du nouvel an, on va faire attention à ce que l’on mange et rechausser ses baskets ! Car oui, les chocolats, les bûches glacées, le foie gras et le saumon c’est bon, mais il ne faut tout de même pas en abuser, sous peine de digestion difficile !
Alors, je vous propose de commencer une petite « cure » d’eau de source de la Réunion, histoire d’aider notre organisme à se remettre de ces repas souvent très (trop) copieux.
Et oui, la Réunion a aussi ses eaux de source.

C’est la plus ancienne eau de source naturelle, exploitée à la Réunion. Elle est d’ailleurs longtemps restée la seule et unique eau de source de l’île.
La société, implantée à la possession depuis 1972, puise l’eau à la source Denise, près de l’embouchure du cirque de Mafate où elle capte l’eau, non pas au moyen de forage, mais en exploitant le débit naturel des sources.
Afin de garantir toute sa propreté à cette eau, sa source est protégée par des périmètres de sécurité, interdisant toutes activités humaines ou installations. De plus, des remparts de 800 mètres de haut en assurent une protection naturelle.
Ce sont quarante millions de litres d’eau qui sont embouteillés chaque année. L’eau Edena est officiellement reconnue comme eau de montagne par arrêté préfectoral et la société a l’autorisation d’utiliser le label « Produits de Montagne ».
Cette eau, adaptée aux bébés, existe en différents formats (33 cl (pour les sportifs), 50 cl, 1 l et 1,5 l).
Edena est aussi le fournisseur officiel en eau de grands évènements sportifs tels le grand raid ou le challenge montagne.

 

edena

 

 

 

edena pétillante

L’eau « Edena finement pétillante » a été créée en 2002. L’eau de la source Denise n’étant pas une eau naturellement pétillante, on y adjoint du gaz carbonique. Cette eau existe en deux formats (50 cl et 1 l).

 

vaguesvagues

 

bagatelle

 

 

L’eau Bagatelle a été créée par la marque Edena en 1995 pour répondre à l’importation d’eau de source à bas prix.
La source blanche – d’où provient l’eau Bagatelle – donne une eau peu minéralisée qui convient aux bébés. Elle est conditionnée en grandes bouteilles ( 1,5 l, 1,65 l, 2 l) et en bonbonnes de 5 litres.

baguatelle

vaguesvagues

Lancée par la marque Edena en octobre 2012, l’eau Volcanik est une eau de source dans laquelle a été adjoint du gaz carbonique pour qu’elle soit une eau gazeuse.

 

volcanik

volcanik

 

 vaguesvagues

L’eau Australine prend sa source sur les flancs du volcan, en pleine nature, dans une forêt préservée. Elle a été lancée en 2005, sur le marché des eaux plates. L’eau est captée à Saint- Philippe, dans le sud de l’île. Ce sont 80 000 bouteilles et 10 000 bonbonnes de 5 litres qui sont produites chaque jour. L’eau Australine revendique 40 % de parts de marché.

australine

Pour concurrencer Edena, la société des eaux de Basse Vallée a dû innover au niveau des formats. Au départ, en 2005, l’usine produisait des bouteilles de 50 cl, de 1 l et de 1,5 l. En 2006, la bonbonne de 5 litres apparaît (format très apprécié des Réunionnais) et en 2007, la bouteille de 2 litres (idéal pour les familles) a rejoint les autres formats.

En été, ce sont 120 000 bouteilles qui sortent, obligeant l’usine a fonctionner en trois huit. L’eau est contrôlée et reconnue par des normes très strictes. C’est la première eau a avoir été récompensée en recevant l’IFS (International Food Standart) en 2010, certification reconduite chaque année.

reportage « les nouveaux défis 24 novembre 2015 » (de1 min 20 à 8 min 11)

 

vaguesvagues

Eau de Cilaos, mécène 2008 ARt Austral

L’eau de Cilaos est l’unique eau minérale naturellement gazeuse de l’île. La source Véronique – dans laquelle cette eau est captée, à plus de 13 mètres de profondeur – se trouve dans le cirque de Cilaos, au niveau des anciens thermes, sur la route d’Ilet à Cordes.

cilaos

La source Véronique est l’une des trois sources thermales du cirque. L’eau de Cilaos est faiblement minéralisée et subit un traitement de dégazéification avant sa commercialisation. Légèrement salée, elle est riche en bicarbonate, en calcium, en magnésium et en sulfates. Elle facilite la digestion et améliore les fonctions hépatiques.
C’est en 1999 qu’ont été commercialisées les premières bouteilles de cette eau.