Bilan des nuits sans lumière

La 10ème édition des nuits sans lumière, commencée le 5 avril 2018, a pris fin le 29 avril 2018. Après un mois de nuits plus ou moins obscures – selon les communes, voire les quartiers – les éclairages publics nocturnes sont de retour et l’heure est au bilan.
Petit retour sur ces nuits consacrées à l’envol des jeunes pétrels de Barau.

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Contre l’extinction des pétrels, éteignons les lumières.

  

Cette année, du 5 au 29 avril 2018, aura lieu la 10ème édition des “Nuits sans Lumière”. Presque un mois (au lieu de 10 jours, il y a 4 ans) où les éclairages publics s’éteindront dès 18 heures. Cette opération a pour but de sensibiliser les Réunionnais sur l’impact négatif de la pollution lumineuse.
Les dates ne sont pas choisies au hasard par la SEOR (Société d’Etudes Ornithologiques de la Réunion). Elles correspondent au calendrier prévisionnel d’envol des jeunes pétrels de Barau, c’est-à-dire à la période où ils quittent leur nid pour leur premier vol en direction de la mer. Cette période sensible, qui s’étend de début avril à fin mai, connaît un risque d’échouage très élevé. La SEOR espère que l’extinction des lumières artificielles permettra à la majorité des jeunes pétrels et puffins – petits oiseaux de mer – de gagner l’océan sans encombre.

Ce calendrier montre que la période sensible s’étend de début avril à mi-mai.  La pollution lumineuse étant un fléau pour les pétrels, la SEOR recommande une extinction totale des lumières artificielles durant la période allant du 7 avril au 1er mai.
source : SEOR

Ces oiseaux marins sont sensibles aux points lumineux. Trompés et désorientés par les éclairages urbains qui s’étendent de plus en plus sur le territoire réunionnais, et qu’ils prennent pour le reflet de la Lune sur l’Océan Indien, un grand nombre de jeunes pétrels et de puffins (ainsi que quelques adultes) s’échouent au sol. Une fois tombés par terre et privés de leur promontoire, il leur est impossible – avec leurs grandes ailes – de redécoller seuls. Ils périssent alors de déshydratation, de faim, de prédation (chiens et chats errants), voire d’écrasement sur les axes routiers.

dépliant les nuits sans lumière 2018 (PDF)

Pour compenser cet impact négatif lié aux activités humaines, la SEOR assure le sauvetage de ces oiseaux depuis 1995. Chaque année, la SEOR prend en charge, soigne et relâche entre 2300 et 2800 pétrels et puffins. Depuis novembre 2012, les échouages de ces oiseaux sont pointés de façon très précise par la SEOR dans le logiciel Google Earth, à partir des éléments d’adresse communiqués par les personnes qui trouvent les oiseaux échoués. Si dans les premières années, la SEOR parvenait à géolocaliser 30 à 50 % des échouages, en 2017, ce sont 2183 oiseaux sur les 2773 pris en charge qui ont été géolocalisés avec précision, soit 80 % des échouages. Une meilleure localisation des zones d’échouage permet une prise en charge rapide de l’animal à sauver ainsi que l’identification précise des zones à risques. Ces données ont aussi permis à la SEOR de dresser une carte déterminant avec précision les zones provoquant les échouages.

 

Carte de répartition des échouages des pétrels et puffins pour l’année 2017
source : SEOR

Une étude effectuée par la SEOR, sur les trajectoires des pétrels, permet de constater une corrélation entre les lieux d’échouages massifs des oiseaux et les sites importants de lumière artificielle. Ces données ont permis à la SEOR de faire un bilan des échouages et de classer les communes en fonction d’un niveau d’enjeu écologique. Les communes où l’enjeu écologique est le plus fort font l’objet d’un travail de sensibilisation plus poussé, afin qu’elles puissent cibler – au sein de leur territoire –  les zones où la pollution lumineuse est la plus impactante pour les pétrels.

La superposition de la carte des échouages et de celle des zones de pollution lumineuse met en évidence la corrélation entre éclairages et échouages. 
source : SEOR

Rappelons que ces campagnes d’extinction des lumières artificielles des communes de la Réunion ont pour but de préserver les jeunes d’une espèce menacée d’extinction.

     

Si les oiseaux marins (pétrels, fouquets et puffins) sont les premières victimes de nos trop nombreuses lumières nocturnes, voici d’autres raisons pour vous convaincre d’éteindre les lumières : santé, environnement, économies…

La lumière artificielle a des effets néfastes sur nous : troubles du sommeil, de la concentration, agressivité, diminution de performance… sont quelques-uns des 80 troubles liés à un éclairage excessif. La nuit noire est essentielle à notre rythme biologique.

Les éclairages trop nombreux et mal orientés perturbent le cycle de vie des tortues marines. Les femelles ne viennent plus pondre sur les plages éclairées et les nouveau-nés – qui se guident avec le reflet de la lune sur la mer – sont désorientés par les lampadaires allumés. Ils risquent alors de mourir de déshydratation, de fatigue ou de prédation.

L’île de La Réunion possède une biodiversité riche et unique grâce à des espèces animales endémiques. Or l’éclairage à outrance est nuisible à toutes les espèces animales de l’île (insectes, chauve-souris…). La surmortalité des insectes nocturnes (papillons de nuit, par exemple) a une conséquence directe sur la chaîne alimentaire naturelle et sur la pollinisation de certaines plantes.

La «pollution lumineuse » désigne le halo lumineux généré par la lumière mal orientée et donc perdue. Un fléau pour les astronomes et autres amoureux des étoiles.

S’éclairer coûte cher ! 58 % de la consommation totale d’électricité est imputable à l’éclairage. Une économie de 25 à 50 % sur la facture énergétique globale serait possible si chacune des communes de l’île revoyait la puissance, l’orientation et les horaires de l’éclairage public urbain.

A La Réunion, 65 %  de l’électricité est produite à partir d’énergie fossile qui génère du C02 ( gaz à effet de serre) et contribue au réchauffement climatique. Au niveau mondial, près de 15% de la consommation électrique est destinée à l’éclairage, ce qui représente 5% des gaz à effet de serre.

« Éteignons les lumières inutiles ou dirigées vers le ciel pour favoriser l’envol des jeunes pétrels, la ponte des tortues marines, l’observation du ciel et économiser l’énergie ! »
(slogan de la 10ème édition des Nuits dans Lumière)

Jeune Petit Fouquet, trouvé par Melba lors de notre sortie course à pied sur le Front de Mer de Saint-Denis (mois de janvier 2018). A défaut de carton, je l’ai placé dans une boîte de transport pour chat.

 

LES RECOMMANDATIONS DE LA SEOR EN CAS DE DECOUVERTE D’UN OISEAU ECHOUE

Si vous trouvez un oiseau échoué, évitez de le manipuler inutilement, car cet oiseau sauvage risque de stresser.
➔ Mettez-le dans un carton, dans lequel vous avez fait quelques trous pour lui permettre de respirer et placez-le dans un endroit au calme, à l’abri de la chaleur et du soleil, des chiens et des chats.
➔ Ne le nourrissez pas !
➔ Appelez au plus vite la SEOR au : 0262.20.46.65
Si personne n’est disponible lors de votre appel, laissez votre nom et votre numéro de téléphone sur leur répondeur. Une personne vous rappellera rapidement. Dès lors, la SEOR organisera avec vous, la récupération de l’oiseau dans les plus brefs délais grâce à son réseau de sauvetage (bénévoles + structures relais) opérationnel sur toute l’île.

Nous avons déposé le jeune Petit Fouquet directement à la SEOR (13, ruelle des Orchidées,
Cambuston, 97440 SAINT ANDRE) où il a été pris en charge (réhydratation, auscultation, nettoyage des plumes et réalimentation) avant d’être relâché.

À l’occasion des « nuits sans lumières » plusieurs évènements de sensibilisation sont programmés sur toute l’île. Le programme est à retrouver sur le site de nuits sans lumière.

Sources :
SEOR

Cimetière La Peste

Alors déjà, non, je ne suis pas obsédée par les cimetières en ce moment, un mois après l’article sur le Cimetière de l’Est, mais j’avais envie de continuer à vous faire découvrir ces lieux mal aimés.
Aujourd’hui, découverte d’un petit cimetière qui, s’il ne paie pas de mine au premier abord, a une histoire qui ne laisse pas indifférent. Car les cimetières aussi peuvent être les témoignages de l’histoire d’un lieu et d’une communauté.

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Démographiquement vôtre

Selon le recensement de la population, effectué par l’Insee et rendu public en début d’année, la Réunion comptait 850 727 habitants au 1er janvier 2015. La population de l’île a progressé de 0,7 % par an depuis 2010, à un rythme plus rapide qu’en France métropolitaine (+ 0,5 %). Ainsi entre 2010 et 2015, la population réunionnaise a augmenté de 29 600 personnes.
Les Réunionnais représentent 1,3% de la population française. La Réunion se classe au 25ème rang des départements français les plus peuplés, derrière la Guyane (+ 2,6 % par an) et la Corse (+ 1,1 %), mais devant les Antilles qui perdent des habitants (Martinique : – 0,7 % par an ; Guadeloupe : – 0,3 % par an).

A la Réunion, la croissance démographique est soutenue par les naissances, plus nombreuses que les décès, soit une hausse de la population de l’ordre de 9 900 habitants par an en moyenne entre 2010 et 2015 (+ 1,2% par an).

Cependant, les départs étant plus nombreux que les arrivées sur la même période, cet effet d’accroissement naturel de la population se voit atténué (-0,5% par an). Autre constat : la population de La Réunion augmente  moins vite que par le passé (entre 1999 et 2010, elle augmentait deux fois plus vite (+ 1,4 % par an).

Selon les régions de l’île, la croissance démographique n’est pas la même :

Tout comme elle varie en fonction des communes :

 

Depuis le premier février 2018, l’Insee a commencé sa nouvelle campagne de recensement. Celle-ci s’achèvera le 10 mars 2018.

Source :
INSEE Flash La Réunion n°116

Visite du Cimetière de l’Est

Sur le front de mer de Saint-Denis, un long mur blanc sépare le boulevard Lancastel de la mer. Ce mur ceinture les dernières demeures de nombreux Réunionnais des siècles précédents et de nos jours.
Je vous invite à pénétrer et à découvrir le Cimetière de l’Est.
Armez-vous d’une casquette, car lorsque le soleil brille, il y fait très chaud et l’insolation est vite arrivée. Ici, pas un seul arbre pour offrir son ombre rafraichissante au visiteur. Vous ne pourrez compter que sur celle des caveaux.

Pourquoi un article sur un cimetière, vous demandez-vous ? Sinistre ? Non, car le Cimetière de l’Est est un lieu qui mérite que l’on s’y arrête. Comme quoi, les musées et les anciennes demeures ne sont pas les seuls lieux mémoriels à raconter aux visiteurs, l’histoire d’une population, d’une région, d’une époque.
Lorsque l’on franchit l’un des nombreux portails du Cimetière de l’Est, on est frappé par la taille du lieu, mais aussi par la variété des tombes qui s’y trouvent. Certaines, toutes blanches, sont d’une grande simplicité alors que d’autres sont couvertes d’un précieux marbre gris ou rose. Certains caveaux, austères et sombres, côtoient des caveaux richement décorés. La statuaire aussi se fait diverse. Des statues de pierre grise, taillées par des artisans des siècles passés, sont rongées par les années, le sel de la mer trop proche, les intempéries et – de nos jours – les gaz des pots d’échappements.
Par endroit, des taches de rouge et de jaune vifs – que l’on comprend ne pas être des bouquets de fleurs – attirent le regard et intriguent le visiteur peut habitué à voir ces couleurs dans un tel lieu. Des tombes fleuries et entretenues avoisinent des tombes oubliées et délaissées.
Au fil de sa promenade, le visiteur traverse les siècles en déambulant entre des monuments uniques et anciens et d’autres froids et standardisés.

Un petit historique du Cimetière de l’Est, juste pour se mettre dans l’ambiance du lieu…

C’est en 1825 qu’est créé, à l’est de Saint-Denis, un nouveau cimetière. Il gardera le nom de Cimetière de l’Est pour se différencier du Cimetière de l’Ouest, implanté en 1784, et abandonné par la suite, pour cause de problèmes de salubrité publique. Un nouveau cimetière s’avère alors nécessaire.
Un nouveau cimetière plus grand, démographie et urbanisation obligent.
Mais quelques décennies plus tard, ce nouveau cimetière montre ses limites. En 1850, la première concession est agrandie de 800 mètres. Composé de lots, cet agrandissement est sillonné d’allées ombragées par des filaos (aujourd’hui disparus, malheureusement). D’autres agrandissements seront par la suite nécessaires. De nos jours, le cimetière a atteint sa taille maximale. Saturé, plus aucune concession n’y est attribuée. Seules les familles possédant déjà des concessions peuvent y faire inhumer leurs défunts.

Repose en paix…

Le Cimetière de l’Est n’est, semble-t-il pas, un lieu de tout repos pour ceux qui, justement, y prétendent pour l’éternité. En effet, le mur nord du cimetière, celui qui sépare l’Océan Indien des tombes, a été emporté de nombreuses fois par les vagues cycloniques. Lors d’une de ces destructions, en 1948, ce pan de mur ne sera reconstruit que 20 ans plus tard.
C’est pour cette raison que tout visiteur déambulant dans le Cimetière de l’Est peut observer une densité plus importante de tombes le long du mur sud. A l’origine, ce mur séparait le cimetière de la voie ferrée. Lorsque celle-ci est remplacée par le Boulevard Lancastel – dans la seconde moitié du XXème siècle – les accès existants dans le mur sud sont fermés.

source : cimetière de l’Est

Cimetière marin… Cimetière de marins…

Comme je le disais en début d’article, le Cimetière de l’Est est loin d’être l’un de ces cimetières aux tombes toutes standardisées, sorties tout droit d’usine, toutes identiques avec leur marbre gris, froid et impersonnel – hormis dans la partie la plus récente, où l’on peut en effet observer quelques tombes de ce type. Il faut pénétrer plus loin pour découvrir un peu de l’histoire de la Réunion. En effet, le Cimetière de l’Est est le plus important cimetière marin de l’île. Depuis 1929, marins, capitaines, enseignes de vaisseau… y sont inhumés.

En cherchant bien – ou en demandant de l’aide au personnel, ce sera beaucoup plus simple – vous découvrirez la tombe de Charles Pierre Sion, enseigne de vaisseau, mort en 1881, à Saint-Paul, à l’âge de 22 ans ou Jean-Baptiste François Guillaume Lerestif, capitaine au long-cours.

Le statut social est important, même dans la mort

Le Cimetière de l’Est c’est aussi l’histoire des hommes et des femmes venus de leur plein grès – ou pas – à la Réunion. Car même dans la mort, les statuts sociaux ont encore leur importance : on ne mélange pas esclaves et hommes libres, riches propriétaires et modestes pêcheurs. Les morts ont leurs « quartiers », tout comme ils en avaient de leur vivant.
Petit rappel historique : La Réunion a été une colonie, où de nombreux hommes et femmes venus d’Afrique, ont été réduits en esclavage pour travailler dans les champs de caféiers puis de cannes à sucre et cela jusqu’en 1848, année de l’abolition de l’esclavage. Et même mort, un esclave restait un esclave. Si la mort le libérait de ses chaînes, elle ne lui rendait pas son statut d’homme libre. Lorsqu’ils mouraient, les esclaves étaient séparés des défunts de la population libre. Murs et entrée distincte séparaient les lieux d’inhumation. Seule Toinette – une esclave affranchie – a été enterrée au Cimetière de l’Est. Sa tombe de marbre blanc est entourée de tombes d’hommes et de femmes libres.


Et parmi la population libre, des distinctions sont apparentes même dans la mort. Au nord du cimetière, les riches font édifiés d’énormes et somptueux caveaux ou pierres tombales. Au sud, les tombes des plus modestes se côtoient de façon désordonnée. Ici, pas d’allées et de belles pierres tombales.

Un muret ou quelques galets peints en blanc, délimitent les tombes et l’on se voit parfois obliger de les enjamber pour passer, tant la progression s’avère difficile dans cette partie du cimetière.


Quant aux condamnés à morts, ils sont relégués loin des autres défunts, dans un espace extérieur.

Un mélange de peuples et de religion

Le Cimetière de l’Est est aussi le témoignage de la pluralité ethnique et de la multiplicité des religions de l’île. En arrivant vers le centre du cimetière, le visiteur peut découvrir des sépultures longues et arrondies sur le dessus. Ces anciennes sépultures chinoises ont adopté le modèle Hakka.

L’architecture funéraire chinoise symbolise l’harmonie universelle.

Les Hakkas représentent une grande partie des ancêtres des Réunionnais descendants de Chinois. La présence de croix sur leurs tombes est la preuve du processus de christianisation de ces bouddhistes.

Les traditions des provinces d’origine sont respectées dans l’aménagement du cimetière

Autre peuple et autre religion : les Indiens engagés introduits dans l’île après l’abolition de l’esclavage. Plus de 120 000, débarqueront à la Réunion et y resteront. Contrairement à la coutume hindouiste qui incinère ses morts, les Indiens vivants à Saint-Denis seront inhumés au Cimetière de l’Est.
Comme pour les Hakkas, le processus de christianisation est visible sur les tombes des engagés. Souvent, ceux-ci pratiquaient le double culte.
Mais, à partir des années 1970, les Indiens ne veulent plus cacher leur croyance religieuse. Sur les tombes, les couleurs vives et des signes ostentatoires font progressivement leur apparition, témoignant de leur appartenance culturelle hindouiste. Surplombant les tombes hindoues, le trident en hommage au dieu Shiva se dresse, d’un jaune vif presque aveuglant à la lumière du soleil. Colliers de fleurs, foulards colorés, symboles hindous s’affichent sur les tombes.

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D’autres « célébrités » de l’île sont inhumées au Cimetière de l’Est :

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Loin des cimetières modernes composés d’innombrables tombes identiques, faites de marbre ou de granit gris, le Cimetière de l’Est montre à voir de nombreux édifices néoclassiques, preuve de l’importance des métiers d’art au XIXème siècle. Ce n’est qu’à partir de 1946 que la standardisation des tombes mettra fin aux métiers de tailleurs de pierre, de sculpteurs, de maçons et de ferronniers au Cimetière de l’Est.

source des informations :
– Cimetière de l’Est

 

Embarquement immédiat à Roland Garros

L’aéroport Roland Garros (que tout le monde à la Réunion continue d’appeler « Gillot », son premier nom) est le principal aéroport de l’île. C’est le seul aéroport d’Outre-Mer à posséder deux pistes capables d’accueillir des gros porteurs et il est le 11ème aéroport français en nombre de passagers.
Bien que mitoyen à Saint-Denis, il est situé sur la commune de Sainte-Marie, au lieu-dit Gillot.
En 1994, à l’occasion de son inauguration, la nouvelle aérogare passagers est baptisée Roland Garros, du nom du célèbre aviateur né le 6 octobre 1888 à Saint-Denis (il perd la vie, le 5 octobre 1918, lors d’un combat aérien dans les Ardennes). Mais ce nom ne sera officialisé qu’en 2011.

C’est en 1929 que le premier avion se pose à Gillot. L’aviateur Marcel Goulette accompli la première liaison France/Réunion et pose son Framan dans ce qui n’est à l’époque qu’un champs de la propriété de Gillot, aménagé pour l’occasion.
Le site est utilisé dès 1933, par l’aéroclub Roland Garros.
En 1946, une première vraie piste est construite. Elle fait 1870 mètres de long et a un vrai revêtement. La desserte aérienne de l’île s’organise.
En 1951, une première aérogare est construite près de la mer.
Le premier Boeing 707 d’Air France se pose sur l’île en 1967. La piste avait été allongée à 2670 mètres, afin de permettre aux quadriréacteurs d’atterrir.
1976 voit la construction de l’aérogare passagers actuelle. Elle est complétée par une aérogare de fret et des bâtiments techniques.
En 1990, une compagnie réunionnaise voit le jour : Air Austral. Elle assurera d’abord des vols courts et moyens courriers dans la zone océan indien avant, en 2003, de desservir la métropole avec ses longs courriers.
En 1994, une seconde piste de 3200 mètres est construite. Elle permet aux gros porteurs d’effectuer la liaison Réunion/France sans escale.
D’autres travaux permettront l’agrandissement de l’aéroport : En 2002, une nouvelle aérogare de fret est mise en service et la surface de l’aérogare passagers passe de 11 500 m2 sur 3 niveaux à 26 500 m2 sur 5 niveaux.

Vue aérienne de l’aéroport Roland Garros
source : aéroport de Roland Garros

En 2009, les Réunionnais se précipitent à l’aéroport pour admirer l’impressionnant Airbus A380 qui pose ses trains d’atterrissage à la Réunion.
Le 22 décembre 2017, pour la première fois, l’aéroport de Roland Garros franchit la barre des 2,2 millions de passagers. L’heureux 2 200 000ème passager, a remporté des bons d’achat dans les boutiques de l’aérogare, offerts par la société aéroportuaire et deux billets d’avion vers Canton, offerts par Air Austral. C’est la première fois que l’aéroport Roland Garros atteint un tel nombre de passagers en une année. C’est une progression de 9% par rapport à 2016, ce qui représente 187 000 passagers supplémentaires. Plus de la moitié de la hausse du trafic provient des lignes entre la métropole et La Réunion

M. Pierre Caro, le 2 200 000 ème passager.
source : aéroport Roland Garros.

Le trafic de marchandises bénéficie de capacités supplémentaires offertes sur l’axe métropole-Réunion. Il a progressé de 9,9% en novembre 2017 : +25,4% pour les tonnages débarqués, mais –15,2% sur les exportations, affectées par la mauvaise production fruitière.

Depuis sa création, l’aéroport a connu de nombreux travaux et l’extension Est de l’aérogare passagers est actuellement en cours, afin d’améliorer l’accueil de passagers de plus en plus nombreux. Il dessert de nombreuses destinations en lignes directes : France métropolitaine (Paris-Orly, Paris-Charles de Gaulle, Provence-Marseille, Lyon), Madagascar, île Maurice, Seychelles, Mayotte, Les Comores, Johannesbourg, Chennai, Bangkok, Canton.
L’aéroport Roland Garros accueille aussi des avions cargo et est marqué par l’implantation de la base aérienne 181 (base militaire) et d’un aéroclub.
L’aérogare améliore aussi l’accueil des passagers avec, entre autres, des espaces de restauration et des boutiques.

Cliquez pour voir le plan de la concession (pdf)

L’aéroport Roland Garros en quelques chiffres

* Une infrastructure totale de 261 Hectares
– 2 pistes dont une de 3 200 mètres
– 8 postes de stationnement pour avions gros porteur
– plus de 35 000 m
2 de surfaces d’aérogares :
* Aérogare passagers : 27 000 m²
* Aérogare Fret : 8000 m²

* Aérogare passagers
– 27 000 m2 de surfaces répartis sur 4 niveaux
– 28 banques d’enregistrement
– 5 carrousels de tri bagages départ
– 3 tapis de livraison bagages arrivée
– 8 passerelles télescopiques vitrées  et climatisées
– capacité nominale annuelle de 2,5 millions de passager
– capable de traiter simultanément 4 avions gros porteurs : 2 à l’arrivée et 2 au départ.



* Aérogare de fret

– 8000 m² de magasins et entrepôts
– 1 station animalière
– 1 poste d’inspection frontalier aux normes européennes
– Plus de 3000 m² de bureaux sur 3 niveaux
– capable de traiter jusqu’à 40 000 tonnes annuelle.

 

Pierres de mémoire

Depuis que la chienne Melba est entrée dans ma vie, mes journées sont rythmées d’une sortie running avec elle, le matin, et d’une promenade, le soir. Chaque jour, vers 17h00, j’emprunte invariablement le même itinéraire (pas d’autres choix, en ville) pour que Melba puisse se défouler les « papattes » et faire ses « petites affaires »… C’est grâce à ces promenades quotidiennes que j’ai découvert un lieu auquel je n’avais jamais prêté attention jusqu’alors. Il faut dire que j’y passais en courant, sans prendre le temps de m’y arrêter pour savoir qu’elle était cette étrange installation de pierres…

En effet, sur l’esplanade de la Trinité, derrière la médiathèque François Mitterrand de Saint-Denis, se dressent sept pierres de différentes tailles et formes. En se rapprochant, on remarque que les pierres sont gravées. Gravées dans des langues différentes. Les graphies chinoises et tamoules sont immédiatement identifiables. Une troisième est couverte d’un texte en anglais. Pour les autres, on hésite. Est-ce du français ? Du créole ? On repère quelques mots rappelant du malgache ou du créole sur deux pierres. Et puis que signifie les textes ? Pas facile de les comprendre. On tourne autour des pierres pour déchiffrer les mots. L’une d’elle semble être en français, mais les mots sont étranges, inconnus tout en étant familiers. Troublant. Alors pour en savoir un peu plus sur ce lieu et ces pierres j’ai mené ma petite enquête.

Archipel de pierres gravées

Ces pierres font partie d’un ensemble plus vaste qui compose le mémorial aux esclaves de la Réunion. Il a été inauguré le 20 décembre 1998 à l’occasion des cérémonies du 150ème anniversaire de l’abolition de l’esclavage à la Réunion (petit rappel, Sarda Garriga a annoncé que l’esclavage était aboli sur l’île, le 20 décembre 1848). Ce sont deux dalles gravées, posées sur l’herbe, comme un livre ouvert, qui nous l’apprennent. On découvre aussi que les pierres gravées ont été réalisées par Eric Pongérard, sculpteur réunionnais et que les textes ont été écrits par Pierre-Louis Rivière, écrivain réunionnais.


Chacune des sept pierres a été gravées dans une des langues des communautés ayant créé la langue créole : le français, le tamoul, le malgache, le swahili, le chinois, l’anglais et, bien sûr, le résultat de tout ce métissage linguistique : le créole.  Mais pourquoi avoir gravé des pierres ? Pour le sculpteur, il s’agissait d’un travail de scarification de la pierre. Ces gravures symbolisent les scarifications qui servaient à marquer les esclaves. Des marques indélébiles sur la peau, des cicatrices en relief.

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Ces pierres n’ont pas été posées au hasard sur l’esplanade. Elles sont dressées sur des petites buttes de terre et d’herbe qui semblent émerger du sol, comme autant d’îles composant un archipel. En se plaçant dos à Saint-Denis, le positionnement des pierres prend sens. La pierre gravée en créole s’impose. A sa droite, la pierre gravée en Swahili, symbolisant l’Afrique, et à sa gauche, la pierre gravée en malgache pour la grande île qu’est Madagascar. Un peu plus loin, l’Inde et la Chine sont symbolisées par les pierres gravées en Tamoul et en Chinois. Les deux autres pierres représentent l’Europe avec celle gravée en anglais et celle gravée en français, qui est la plus éloignée. Autour de ces pierres, des arbres majestueux se dressent. Rappel des pays évoqués par les pierres, comme les baobabs d’Afrique ou l’imposant banian venu de l’Inde…


Un peu plus loin, un croissant de béton semble sortir de terre, comme si on avait creusé pour le mettre à jour.

Au centre de ce mur incliné, encore des mots gravés dans la pierre : « à la mémoire des esclaves réunionnais 20 décembre 1848 / 20 décembre 1998 ». Pour le sculpteur, ce mur incliné symbolise un pouce géant qui aurait appuyé sur le sol pour y laisser son empreinte. Un pouce qui aurait fouillé la terre en quête de traces.
Au moment de l’inauguration, Les mots gravés sur le mur n’existaient pas. A la place, sept plaques de verre ciselées avaient été fixées sur le mur de béton. Des plaques portant les noms de 1848 esclaves, en mémoire aussi à l’année de l’abolition. Mais suite à des actes de vandalisme, les sept plaques ont été remplacées par une plaque de basalte portant une inscription à la mémoire des esclaves.

A quelques mètres, à gauche de ce mur, six stèles de métal rougi semblent surgir de terre en formant un arc de cercle.

En se rapprochant, on découvre que chacune d’entre elles présente un personnage qui a marqué l’histoire de la Réunion : Etienne Régnault, commandeur de Bourbon et fondateur de Saint-Denis ; Félix Guyon, chirurgien et fondateur de l’école urologique française, né à la Réunion ; Furcy, un affranchi ; Catherine Heros, l’une des premières femmes de l’île ; Anne Mousse, une des premières natives de l’île (peut-être même la première) ; Abdelkrim Al-Katthabi, chef de guerre exilé à la Réunion.

    

    

     

Ces pierres gravées – que l’écrivain, Pierre-Louis Rivière décrit dans son texte comme des « crânes anciens, roches hantées par l’âme des morts » – et l’inscription du mur sont un bel hommage aux esclaves, dont les noms et les sépultures ont été oubliés. Elles racontent, à leur manière, l’histoire de l’île de la Réunion, ancienne colonie française. Une histoire née dans la souffrance et l’humiliation de l’esclavage. Avec, au final, une île unique où des peuples différents se côtoient pour n’en former qu’un et des langues d’origines diverses qui ont donné naissance au créole réunionnais.

Ce lieu de mémoire a été inauguré en présence de nombreuses personnalités politiques et religieuses de la Réunion : le représentant de l’UNESCO, le Ministre de l’Outre-Mer, le Député Maire de Saint-Denis, le Préfet de la Réunion, le Président du Conseil Général, le Président de la Région, le Président du comité de la célébration de l’abolition de l’esclavage. Aux côtés de tout ce beau monde, de nombreux Réunionnais sont venus assister à l’évènement.  A l’origine du projet du mémorial, le FRAC (Fond Régional d’Art Contemporain). Le projet de l’esplanade a été choisi par la ville de Saint-Denis et financé par le Conseil Général.

Mais toutes ces personnalités et ces curieux – ainsi que les promeneurs qui déambulent chaque jour sur le mémorial – n’ont sans doute pas réalisé le travail titanesque que le projet nécessitait. Les pierres ont été acheminées depuis la Montagne et placées sur l’esplanade. Elles ont été sculptées sur place par l’artiste, qui a veillé à en respecter les formes et les ondulations. Le sculpteur a débuté sa gravure par le haut de la pierre, et a tourné autour d’elle jusqu’en bas. Le texte, quant à lui, a été confié à un écrivain réunionnais. Mais pas question pour le sculpteur de graver un texte moralisateur, historique ou didactique. Place à la poésie et à la magie. L’artiste veut une « sculpture de mots ». Alors l’écrivain s’amuse avec les sonorités créant un texte énigmatique où les mots s’entrechoquent, se télescopent, s’inventent. Un texte que le curieux est amené à décrypter, tel un archéologue.

Voulez-vous vous amuser à décrypter le mystérieux texte des pierres ? Voici la version en français créé par Pierre-Louis Rivière et gravé par Eric Pongérard :

« devenaître hemmne. aller, alliés. écrouler le trembletrouble. mormur. mémorte de l’île exailée et l’amer. bonrbons suâcrés, esclavolés. encamp d’enchaîn aboyli. s’éffalcent les routes, les larmes même. horigêne. hontétue. je caresse la rochecrâne hentée, sans peur. aux peaupierres, éclosent les évoulûttes enluminhumaines. muez ! muez ! errebois, arbres marcherrants. rêvivre, andrihonour, humamhoureux de la divoîle morgabelle »

Alors ? Vous avez réussi ? Pas facile hein ? Allez, je ne vais pas vous faire languir plus longtemps. Voici la version transmise aux traducteurs. Magnifique, non ?

« Devenir, naître enfin humain, pleinement, comme un chant. Aller, avancer solidaire. Abattre la peur qui nous empêche, cesser les murmures stériles. Sortir de l’oubli la mémoire de l’île aux ailes arrachées, et le passé amer. L’histoire volée de l’esclavage, masquée derrière le sucre des images. Histoire d’hommes vendus aux enchères, de camps, histoire de marrons, Anchain, hommes abolis par la rage des chiens. Un jour l’avenir s’efface, falsifié, le passé aussi. Reste la gêne horrible de l’origine, cette honte tenace. Moi, je caresse des crânes anciens, roches hantées par l’âme des morts et je n’ai pas peur. À fleur de pierres, greffes nouvelles, éclosent en volutes les luttes voulues, enluminures de l’histoire humaines. Muez ! Muez ! Arbres errants, hommes pour demain. Revivez le rêve d’or, honneur d’Andrianoro, humanité enfin heureuse, amoureuse de la Diva Morgabin, l’île divine, voile levée sur l’océan, belle et orgueilleuse. »

Qu’en est-il de ce mémorial à ciel ouvert, presque vingt ans plus tard ?
Les pierres sont toujours dressées fièrement, bravant le temps et les éléments. Des promeneurs s’arrêtent pour découvrir les personnages historiques dont la vie est écrite sur les stèles de métal. D’autres déambulent entre les pierres gravées, tentant d’y lire les inscriptions. Certains s’assoient à leur pied pour lire un roman ou méditer. D’autres encore n’y font que passer, ne prêtant aucune attention aux pierres ou au mur. Et, chaque fin de semaine, des familles se réunissent autour et dans le mémorial pour le pique-nique dominical. Mais ces familles qui festoient, la musique à fond en ce lieu de mémoire, ont-elles conscience de ce qu’il représente ? Le voient-elles encore ? En comprennent-elles le sens ? Pas sûr. Surtout lorsqu’après leur départ, le sol est jonché de restes de pique-nique.
Ce mémorial, lieu de mémoire, d’hommage et d’histoire, mérite d’être respecté et préservé des actes de vandalisme. Et pour cela il semble nécessaire de lui redonner du sens, car pour beaucoup de nos concitoyens, la symbolique du lieu reste hermétique. Ce mémorial doit demeurer un lieu de méditation, de recueil et d’hommages, où les manèges bruyants et colorés n’ont pas lieu d’être (en octobre 2011, des manèges avaient été installés sur l’esplanade, provoquant l’indignation du CRAN Réunion (Conseil Représentatif des Associations Noires) face à la profanation du mémorial. Afin de rappeler à la mairie de Saint-Denis ses responsabilités, chaque pierre avait été revêtue d’un foulard noir.)

Alors, si vous passez par là, arrêtez-vous et prenez le temps de déchiffrez les pierres.

sources :
Défense du patrimoine architectural de la Réunion
Zinfos974