Le Cimetière musulman de Saint-Denis

Dans la seconde moitié du XIXème siècle, les premiers Gujaratis arrivent à la Réunion. Bien qu’ils ne soient pas les premiers musulmans à poser les pieds sur l’île, ils n’ont pas l’intention de pratiquer leur religion dans l’ombre.
Ce sont eux qui rendra visible la présence de l’islam dans l’espace public réunionnais. S’ils obtiennent au début du XXème siècle l’autorisation de bâtir une mosquée, la création d’un cimetière musulman s’avéra plus compliqué à réaliser.

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Cimetière La Peste

Alors déjà, non, je ne suis pas obsédée par les cimetières en ce moment, un mois après l’article sur le Cimetière de l’Est, mais j’avais envie de continuer à vous faire découvrir ces lieux mal aimés.
Aujourd’hui, découverte d’un petit cimetière qui, s’il ne paie pas de mine au premier abord, a une histoire qui ne laisse pas indifférent. Car les cimetières aussi peuvent être les témoignages de l’histoire d’un lieu et d’une communauté.

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Visite du Cimetière de l’Est

Sur le front de mer de Saint-Denis, un long mur blanc sépare le boulevard Lancastel de la mer. Ce mur ceinture les dernières demeures de nombreux Réunionnais des siècles précédents et de nos jours.
Je vous invite à pénétrer et à découvrir le Cimetière de l’Est.
Armez-vous d’une casquette, car lorsque le soleil brille, il y fait très chaud et l’insolation est vite arrivée. Ici, pas un seul arbre pour offrir son ombre rafraichissante au visiteur. Vous ne pourrez compter que sur celle des caveaux.

Pourquoi un article sur un cimetière, vous demandez-vous ? Sinistre ? Non, car le Cimetière de l’Est est un lieu qui mérite que l’on s’y arrête. Comme quoi, les musées et les anciennes demeures ne sont pas les seuls lieux mémoriels à raconter aux visiteurs, l’histoire d’une population, d’une région, d’une époque.
Lorsque l’on franchit l’un des nombreux portails du Cimetière de l’Est, on est frappé par la taille du lieu, mais aussi par la variété des tombes qui s’y trouvent. Certaines, toutes blanches, sont d’une grande simplicité alors que d’autres sont couvertes d’un précieux marbre gris ou rose. Certains caveaux, austères et sombres, côtoient des caveaux richement décorés. La statuaire aussi se fait diverse. Des statues de pierre grise, taillées par des artisans des siècles passés, sont rongées par les années, le sel de la mer trop proche, les intempéries et – de nos jours – les gaz des pots d’échappements.
Par endroit, des taches de rouge et de jaune vifs – que l’on comprend ne pas être des bouquets de fleurs – attirent le regard et intriguent le visiteur peut habitué à voir ces couleurs dans un tel lieu. Des tombes fleuries et entretenues avoisinent des tombes oubliées et délaissées.
Au fil de sa promenade, le visiteur traverse les siècles en déambulant entre des monuments uniques et anciens et d’autres froids et standardisés.

Un petit historique du Cimetière de l’Est, juste pour se mettre dans l’ambiance du lieu…

C’est en 1825 qu’est créé, à l’est de Saint-Denis (au lieu-dit Les Sables), un nouveau cimetière d’une superficie originelle de 60 pieds carrés pour un montant de 25 000 francs. Il gardera le nom de Cimetière de l’Est pour se différencier du Cimetière de l’Ouest, implanté en 1784, et abandonné par la suite, pour cause de problèmes de salubrité publique. Un nouveau cimetière s’avère alors nécessaire.
Un nouveau cimetière plus grand, démographie et urbanisation obligent.
Mais quelques décennies plus tard, ce nouveau cimetière montre ses limites. En 1850, le maire Amédée Bédier obtient que les pas géométriques soient reculés de 800 mètres pour obtenir son agrandissement. Composé de lots, cet agrandissement est sillonné d’allées ombragées par des filaos (aujourd’hui disparus, malheureusement). D’autres agrandissements seront par la suite nécessaires. De nos jours, le cimetière a atteint sa taille maximale. Saturé, plus aucune concession n’y est attribuée. Seules les familles possédant déjà des concessions peuvent y faire inhumer leurs défunts.

Repose en paix…

Le Cimetière de l’Est n’est, semble-t-il pas, un lieu de tout repos pour ceux qui, justement, y prétendent pour l’éternité. En effet, le mur nord du cimetière, celui qui sépare l’Océan Indien des tombes, a été emporté de nombreuses fois par les vagues cycloniques. Lors d’une de ces destructions, en 1948, ce pan de mur ne sera reconstruit que 20 ans plus tard.
C’est pour cette raison que tout visiteur déambulant dans le Cimetière de l’Est peut observer une densité plus importante de tombes le long du mur sud. A l’origine, ce mur séparait le cimetière de la voie ferrée, qui se poursuivait par le pont ferroviaire dont la structure métallique enjambait la ravine du Butor, côté Est du cimetière. Lorsque la voie ferrée est remplacée par le Boulevard Lancastel – dans la seconde moitié du XXème siècle – les accès existants dans le mur sud sont fermés.

source : cimetière de l’Est

Cimetière marin… Cimetière de marins…

Comme je le disais en début d’article, le Cimetière de l’Est est loin d’être l’un de ces cimetières aux tombes toutes standardisées, sorties tout droit d’usine, toutes identiques avec leur marbre gris, froid et impersonnel – hormis dans la partie la plus récente, où l’on peut en effet observer quelques tombes de ce type. Il faut pénétrer plus loin pour découvrir un peu de l’histoire de la Réunion. En effet, le Cimetière de l’Est est le plus important cimetière marin de l’île. Depuis 1929, marins, capitaines, enseignes de vaisseau… y sont inhumés.

En cherchant bien – ou en demandant de l’aide au personnel, ce sera beaucoup plus simple – vous découvrirez la tombe de Charles Pierre Sion, enseigne de vaisseau, mort en 1881, à Saint-Paul, à l’âge de 22 ans ou Jean-Baptiste François Guillaume Lerestif, capitaine au long-cours.

Le statut social est important, même dans la mort

Le Cimetière de l’Est c’est aussi l’histoire des hommes et des femmes venus de leur plein grès – ou pas – à la Réunion. Car même dans la mort, les statuts sociaux ont encore leur importance : on ne mélange pas esclaves et hommes libres, riches propriétaires et modestes pêcheurs. Les morts ont leurs « quartiers », tout comme ils en avaient de leur vivant.
Petit rappel historique : La Réunion a été une colonie, où de nombreux hommes et femmes venus d’Afrique, ont été réduits en esclavage pour travailler dans les champs de caféiers puis de cannes à sucre et cela jusqu’en 1848, année de l’abolition de l’esclavage. Et même mort, un esclave restait un esclave. Si la mort le libérait de ses chaînes, elle ne lui rendait pas son statut d’homme libre. Lorsqu’ils mouraient, les esclaves étaient séparés des défunts de la population libre. Murs et entrée distincte séparaient les lieux d’inhumation. Seule Toinette – une esclave affranchie – a été enterrée au Cimetière de l’Est. Sa tombe de marbre blanc est entourée de tombes d’hommes et de femmes libres.


Et parmi la population libre, des distinctions sont apparentes même dans la mort. Au nord du cimetière, les riches font édifiés d’énormes et somptueux caveaux ou pierres tombales. Au sud, les tombes des plus modestes se côtoient de façon désordonnée. Ici, pas d’allées et de belles pierres tombales.

Un muret ou quelques galets peints en blanc, délimitent les tombes et l’on se voit parfois obliger de les enjamber pour passer, tant la progression s’avère difficile dans cette partie du cimetière.


Quant aux condamnés à la peine capitale, ils sont relégués loin des autres défunts, hors des murs du cimetière, dans un espace extérieur. Ce fut le cas pour les assassins de Maria Emma Lambert qui furent décapités en public au Barachois le 10 avril 1940. Coupables d’un meurtre particulièrement violent sur cette veuve de 78 ans, Mariaye Candassamy et Govindin Ramsamy-Catamoutou furent les derniers exécutés en public à Saint-Denis. A partir de 1941, les exécutions eurent lieu dans l’enceinte de la prison centrale de Saint-Denis

Un mélange de peuples et de religion

Le Cimetière de l’Est est aussi le témoignage de la pluralité ethnique et de la multiplicité des religions de l’île. En arrivant vers le centre du cimetière, le visiteur peut découvrir des sépultures longues et arrondies sur le dessus. Ces anciennes sépultures chinoises ont adopté le modèle Hakka.

L’architecture funéraire chinoise symbolise l’harmonie universelle.

Les Hakkas représentent une grande partie des ancêtres des Réunionnais descendants de Chinois. La présence de croix sur leurs tombes est la preuve du processus de christianisation de ces bouddhistes.

Les traditions des provinces d’origine sont respectées dans l’aménagement du cimetière

Autre peuple et autre religion : les Indiens engagés introduits dans l’île après l’abolition de l’esclavage. Plus de 120 000, débarqueront à la Réunion et y resteront. Contrairement à la coutume hindouiste qui incinère ses morts, les Indiens vivants à Saint-Denis seront inhumés au Cimetière de l’Est.
Comme pour les Hakkas, le processus de christianisation est visible sur les tombes des engagés. Souvent, ceux-ci pratiquaient le double culte.
Mais, à partir des années 1970, les Indiens ne veulent plus cacher leur croyance religieuse. Sur les tombes, les couleurs vives et des signes ostentatoires font progressivement leur apparition, témoignant de leur appartenance culturelle hindouiste. Surplombant les tombes hindoues, le trident en hommage au dieu Shiva se dresse, d’un jaune vif presque aveuglant à la lumière du soleil. Colliers de fleurs, foulards colorés, symboles hindous s’affichent sur les tombes.

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D’autres « célébrités » de l’île sont inhumées au Cimetière de l’Est :

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Loin des cimetières modernes composés d’innombrables tombes identiques, faites de marbre ou de granit gris, le Cimetière de l’Est montre à voir de nombreux édifices néoclassiques, preuve de l’importance des métiers d’art au XIXème siècle. Ce n’est qu’à partir de 1946 que la standardisation des tombes mettra fin aux métiers de tailleurs de pierre, de sculpteurs, de maçons et de ferronniers au Cimetière de l’Est.

source des informations :
– Cimetière de l’Est

 

Sitarane, le Vampire de la Réunion

Voici un personnage dont l’histoire de la Réunion se serait bien passée : le tristement célèbre Sitarane.
Durant des années, Sitarane et ses deux complices semèrent la terreur en commettant vols, meurtres, viols et pratiques de la sorcellerie.

Guillotiné le 20 juin 1911, Sitarane a été enterré au cimetière de Saint-Pierre.

Sitarane, juste avant son exécution

Malgré les crimes commis et sa réputation de buveur de sang (il fut surnommé le « vampire de la Réunion »), sa tombe est devenue un lieu occulte de sorcellerie. Peinte de rouge, de nombreuses offrandes y sont régulièrement déposées : fleurs, nourriture, alcool, cigarettes, bougies… Elle fait l’objet d’un véritable culte (la nature humaine me laissera toujours perplexe…).

 


Selon la croyance, envouteurs et autres jeteurs de sorts enrôlent l’esprit de Sitarane lors de leurs pratiques de magie noire. Assassins et malfaiteurs vont prier sur sa tombe avant de commettre leurs forfaits afin que l’esprit malfaisant de Sitarane les aide à réussir leur crime.

Transfert de la bande de Sitarane

Sitarane, plus de 100 ans après son exécution, continue à faire la une des journaux !

 

Une de « Le Quotidien » du 19 mai 2014 : le culte de Sitarane.
« A 74 ans, Sasa, continue à vénérer et à veiller sur la tombe de Sitarane au cimetière de Saint-Pierre. L’ancien boucher a commencé à s’occuper de la tombe lorsqu’il avait 17 ans. Selon lui, la tombe connaît toujours un succès. Des touristes, mais également des Réunionnais de toutes origines et de toutes confessions, viennent prier Sitarane, Saint-Ange et Fontaine. « 

 

 

 

 

 

Une du « JIR » du 21 novembre 2015 : révision du procès du criminel le plus célèbre de la Réunion, Sitarane.
105 ans après, des passionnés d’histoire veulent le rejuger.

 

 

 

 

Quelques vidéos pour en savoir plus sur le « vampire de la Réunion » :