L’enfance volée

Le représentant de la Ddass tend un papier à la mère. Il lui demande de signer d’une croix ce procès-verbal. Elle ne sait ni lire ni écrire. La mère hésite un instant.  Une signature contre la promesse d’un avenir meilleur, pour elle et ses enfants. Si elle accepte d’envoyer ses enfants en France, on lui a promis l’effacement de ses dettes ou une maison salubre. En France, les plus âgés de ses enfants auront une formation professionnelle ou un apprentissage. Les plus jeunes iront à l’école pour apprendre à lire et à compter. Même si la France, c’est loin… à 10 000 km d’ici. A 10 000 km de la Réunion. Elle aura de leurs nouvelles par les services sociaux et ses enfants reviendront la voir dans quelques mois. Le représentant de la Ddass l’a promis. Et puis, de toute façon, la mère sait qu’elle n’aura jamais les moyens de payer les frais d’une formation. La famille est trop pauvre.
La mère a signé, convaincue que c’est ce qu’il y a de mieux pour sa famille. Avec un pincement au cœur, elle regarde ses petits monter dans la camionnette des services sociaux. Dans quelques jours, ils s’envoleront pour la métropole et se prépareront un avenir meilleur que celui qu’elle peut leur offrir. Elle, elle n’a jamais pris l’avion. Elle ne le prendra jamais pour aller là-bas, en Métropole. Trop cher.
Ce que ne sait pas la mère, c’est que les services de l’aide sociale à l’enfance ont multiplié les fiches de signalement au sujet de sa famille. Toutes, relatent les mêmes faits : une case exiguë où s’entasse la famille, des enfants aux vêtements sales et à la santé défaillante, la situation professionnelle instable de son compagnon.
Ce qu’elle ne sait pas non plus, c’est qu’en signant ce papier, elle vient d’abandonner ses enfants. Elle n’a à présent plus aucun droit sur eux. Elle a fait d’eux, des pupilles de l’Etat. Sans s’en rendre compte, elle a été victime d’un odieux chantage. Elle n’aura jamais aucune nouvelle de ses enfants. Elle ne les reverra jamais.
Les services sociaux se sont bien abstenus de lui préciser tous ces détails.

Les enfants sont envoyés dans un foyer de Saint-Denis. Sur leurs fiches des services de l’aide sociale à l’enfance, les termes ont changé. Les enfants sont décrits comme étant robustes et bien portants. Un matricule a aussi été attribué à chacun d’entre eux. Après quelques jours dans le foyer, les enfants sont jugés prêts pour le grand voyage. On les envoie à Guéret, dans la Creuse, dans un autre foyer. Des enfants comme eux, il y en a des dizaines. Les plus jeunes ont six mois. Les plus âgés, vingt ans.
La fratrie est séparée. Volontairement. Pour faire «refluer toute expression de solidarité réunionnaise ». Les services sociaux ne se soucient pas non plus d’atténuer le sentiment de déracinement qu’éprouvent les petits Réunionnais en arrivant en Métropole. Ils ne parlent que le créole, comprennent à peine le français. Les petits métropolitains, les regardent avec curiosité, n’ayant jamais vu, en vrai, d’enfants à la peau noire. Il fait froid. Où sont le soleil et la chaleur tropicale ? Leurs parents leur manquent.

Et la formation promise dans tout ça ? Elle se fera dans les champs. Les garçons font une main-d’œuvre gratuite pour les fermiers du coin. Les filles seront utilisées comme bonnes à tout faire.
Beaucoup de ces enfants arrachés à leur île ont été victimes d’exploitation économique. D’autres ont connu les maltraitances ou les agressions sexuelles.
Certains ne quitteront jamais le foyer ou vivront dans diverses familles d’accueil. D’autres auront plus de chance. Ils seront adoptés par une famille aimante.

Cette histoire vous semble surréaliste, tirée d’un roman digne de Zola ? Eh, bien, non ! Elle s’est réellement produite. Et il n’y a pas si longtemps !

Pourquoi ? Pourquoi avoir arraché ces enfants à leur famille ? Pourquoi tous ces mensonges racontés aux parents ?
A cause d’un chiffre.
Au début des années soixante, la Creuse, comme d’autres départements de France métropolitaine, connaît une forte dénatalité et un exode rural de plus de trois mille jeunes de 18 à 25 ans, chaque année. La Creuse se dépeuple. Il n’y a plus de bras pour travailler la terre. Et elle n’est pas la seule région rurale à subir cette désertification sans précédent : la Lozère, les Pyrénées-Orientales, le Gers, le Tarn… En tout, ce sont soixante-quatre départements qui sont concernés.
Un homme a alors une idée. Une idée, qui semble au premier abord salvatrice, mais qui se révélera lourde de conséquences. Cet homme, c’est Michel Debré.
Nous sommes en 1963 et Michel Debré est alors député de la Réunion. L’île est l’un des départements français le plus pauvre de France. Si en Métropole, les régions rurales manquent de bras, à la Réunion, la natalité est galopante. Pour Michel Debré, seule l’émigration pourrait résoudre les problèmes de surnatalité et de pauvreté que connaît l’île. Si, dans les années suivantes, 37 000 adultes quittent volontairement la Réunion, pour aller travailler en France métropolitaine, ce sont des milliers d’enfants qui y seront envoyés par la Ddass.
C’est le large plan d’adoption lancé par Michel Debré.
On dit que l’enfer est pavé de bonnes intentions. Cette politique familiale en est la preuve. Pour Michel Debré, envoyer ces enfants en France avait un double objectif… louable. Ses arguments ? aider les familles pauvres à offrir une formation à leurs enfants voués à la malnutrition, à l’illettrisme et à la misère et, en parallèle, contribuer au repeuplement des départements victimes d’exode rural.
C’était l’une des fonctions du Bumidom (Bureau pour le développement des migrations dans les départements d’Outre-Mer). Créé en 1963, cet organisme d’Etat, voulu par Michel Debré, avait pour mission de solutionner « le problème démographique et social dans les départements ultramarins en organisant, favorisant et développant la promotion d’une émigration massive vers le territoire métropolitain », selon les termes de la résolution parlementaire.

Le but de Michel Debré était de déplacer le trop plein vers le trop vide. Pour lui, un Réunionnais ou un Breton, c’était pareil. Il concevait cette migration comme un simple déplacement spatial, sans quitter le pays.

Si certains de ces enfants étaient réellement orphelins, d’autres ont été pris à leurs parents et déclarés hâtivement orphelins par les services administratifs de l’époque. Des services sociaux qui n’hésitaient pas à forcer la main aux familles les plus vulnérables, à coup de chantage : promesse d’une maison salubre, de dettes effacées, d’avenir meilleur pour les enfants grâce à l’apprentissage, promesse de nouvelles régulières, retour des enfants à la fin de leur apprentissage…
Facile de faire signer un document officiel à une personne illettrée. Il suffit juste de lui raconter une histoire bien convaincante et surtout, de lui cacher la vérité.
Sordide.
Ainsi, combien de ces parents ont signé sans le savoir des procès verbaux d’abandon, pensant juste donner leur accord pour une formation en métropole ?

Les enfants étaient d’ailleurs fichés en trois catégories par les services sociaux : les «O» pour les orphelins, les «A» pour les abandonnés et les « RT » pour les retenus temporaires, c’est-à-dire ceux dont les liens familiaux n’étaient pas juridiquement brisés. Les fiches décrivent aussi le physique des enfants : blanc, noir, métis, hindou, mulâtre.
Un retour au temps des colonies, semblerait-il…

Quelles conséquences aujourd’hui pour ces enfants devenus adultes ?
L’avenir meilleur promis par les services sociaux n’a rien d’enviable. Beaucoup sont devenus de simples ouvriers, d’autres perçoivent le RMI ou le RSA. Certains ont été internés dans des institutions psychiatriques. Et pour tous, une vie de mensonges. Une vie brisée. Aux plus jeunes, on a raconté que leurs parents étaient morts ou qu’ils les avaient abandonnés.
Fugues, dépressions, suicides, délinquance, liens familiaux à tout jamais brisés, perte des racines réunionnaises et de l’identité (de nouveaux noms et de nouveaux lieux de naissance ont été donnés aux enfants). Telles sont les conséquences de cette politique familiale hasardeuse, dont au moins 2150 enfants réunionnais ont fait les frais, pendant près de vingt ans. De 1963 à 1982. Un tiers de ces enfants seront envoyés dans le seul département de la Creuse.

La mauvaise conscience serait-elle la cause de l’arrêt, en 1982, de cette migration forcée des enfants réunionnais ? Que nenni ! Si cette politique est interrompue, c’est pour deux raisons qui n’ont rien à voir avec la morale ou le repenti. Au début des années 80, la gauche arrive au pouvoir, ce qui réduit l’influence de Michel Debré, député gaulliste. Ces années-là connaissent aussi l’arrivée du chômage de masse. La France n’a plus besoin de main-d’œuvre venant de l’étranger ou de l’Outre-Mer. L’envoi des enfants réunionnais vers la France est stoppé.

Où en sommes nous aujourd’hui ?

Dans les années 2000, près de quarante ans après le début de ce plan d’adoption, quelques-uns de ces enfants réunionnais (alors âgés entre 30 et 50 ans) sortent du silence. Ils assignent l’Etat français, réclamant réparations et justice.
Et les mots des victimes sont durs : rafle, déportation, enlèvement, séquestration de mineurs, traite d’enfants, chantage, enfants volés, esclavagisme…

En 2005, l’association des Réunionnais de la Creuse assigne l’Etat français devant le tribunal administratif de Limoges pour que soit enfin reconnue juridiquement la déportation dont ont été victimes les enfants réunionnais.

Le 20 novembre 2013, à l’occasion du cinquantenaire du début du plan d’adoption (c’est aussi la date de la journée internationale des droits de l’enfant), une stèle commémorative est inaugurée à l’aéroport Roland Garros par la présidente du Conseil Général, Nassimah Dindar. La sculpture en bronze représente deux enfants le visage déformés par la douleur, criant et suppliant. Elle est l’œuvre de l’artiste Nelson Boyer. Le choix du site n’est pas innocent. L’aéroport est le lieu emblématique de séparation et de départs pour ces jeunes Réunionnais contraints à l’exil forcé en métropole.

En 2014, les députés français reconnaissent la «responsabilité morale de l’Etat envers ces pupilles» et une commission nationale de recherche historique des «enfants de la Creuse» est créée. L’Assemblée nationale vote une résolution mémorielle pour sortir de l’ombre, l’épisode méconnu des enfants de la Creuse.

En 2016, la commission débute ses travaux. Son objectif premier est de dénombrer et de localiser les anciens pupilles.

En 2017, la commission rend ses premiers résultats. A ce jour, ce sont 2150 enfants qui ont été recensés.

Les victimes réclament une reconnaissance de leur souffrance et une réparation des dommages. Elles demandent l’obtention de billets d’avion et d’hébergements pour se rendre à la Réunion. Elles souhaitent aussi avoir l’entier accès à leur dossier, obtenir un lieu mémoriel et que soit mis en place des cellules psychologiques.
La ministre de l’Outre-Mer, Ericka Bareigts annonce le début de l’indemnisation, la mise en place d’un accompagnement psychologique, une assistance administrative pour que les déplacés fassent valoir leurs droits. Une bourse à la mobilité est créée pour permettre aux déplacés qui n’en ont pas les moyens de retourner à la Réunion.

Ce qui reste regrettable, c’est qu’aujourd’hui encore, les Réunionnais connaissent mal cette page sombre de leur histoire récente. Certains tentent de la relativiser. Comme s’ils voulaient la remettre en cause, ou considéraient les victimes comme des affabulateurs. Comme s’il ne s’était rien passé, au final…
Or, pour aller de l’avant, il est nécessaire de connaître cette histoire récemment révélée au grand jour. Le travail de mémoire doit être fait pour pouvoir en parler sereinement et non dans un esprit de revanche ou de victimisation.

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Des sites à déguster (2)

Après vous avoir présenté quelques livres de cuisine de la Réunion, ainsi qu’une première liste de sites de cuisine réunionnaise, voici un nouvel article avec d’autres sites où vous trouverez des recettes de la Réunion, dont un certain nombre revisité par les auteurs. Et, oui, les sites de cuisine réunionnaise foisonnent sur internet. Il est vrai que le Réunionnais est un épicurien qui aime cuisiner et bien manger. Voici donc la seconde partie de la liste consacrée aux sites de cuisine réunionnaise :

ali_divers_199Marmitonali_divers_199

Un diaporama de cinq pages pour découvrir les spécialités de la Réunion. De la mise en bouche au petit punch, en passant par les carry, les rougails et les desserts.

marmiton bannière

ali_divers_199 Chut je pâtisseali_divers_199

Pour les recettes de la Réunion : rubrique « Mes goûts et mes chut », onglet « ChutANouSa »

ali_divers_199Les foodiesali_divers_199

Pus de cent recettes partagées par les internautes et réparties sur quatre pages.

les foodies bannière

ali_divers_199750 gali_divers_199

Deux pages de recettes de la Réunion postées par les internautes.

750 bannière

ali_divers_199Ile de la Réunion.netali_divers_199

iledelareunion.net

ali_divers_199Le journal des femmesali_divers_199

Une vingtaine de recettes de la Réunion à découvrir

journal des femmes bannière

ali_divers_199Les voyages de Gridelleali_divers_199

Des recettes de cuisine réunionnaise réparties sur cinq pages.

Les Voyages de Gridelle

ali_divers_199Patio’nnement Cuisineali_divers_199

Seize recettes de cuisine de la Réunion réparties sur quatre pages.

Patio'nnément cuisine

ali_divers_199Mon île, ma passion…ali_divers_199

ali_divers_199GOUTANOUali_divers_199

Recettes, techniques, produits… Voilà un site qui met l’eau à la bouche.

 

N’oubliez pas de consulter la page  « carnet de recettes » !

BON APPETIT !!!

Scènes de ménages à la Réunion

Actuellement, l’équipe de tournage de la série « scènes de ménages » a posé ses valises à la Réunion, le temps de tourner quelques scènes qui seront diffusées lors d’un prime en 2018. L’équipe de tournage Kbo production a posé ses caméras dans différents endroits de l’île : une somptueuse villa de l’ouest ou encore le jardin et la villa du Conservatoire Botanique des Mascarins

Tournage au Conservatoire Botanique des Mascarins (source photo : Zinfos974)

Mais que viennent donc faire les couples de scènes de ménages à la Réunion ?
Emma et Fabien (interprétés par Anne-Elisabeth Blateau et David Mora) s’envolent vers la Réunion pour une mission humanitaire.
Camille et Philippe (Amélie Etasse et Grégoire Bonnet) viennent régler des affaires familiales.
Huguette et Raymond (Marion Game et Gérard Hernandez) sont les heureux gagnants d’un luxueux séjour sur l’île
Liliane et José (Valérie Karsenti et Frédéric Bouraly) s’offrent leurs premières vacances depuis l’élection de José en tant que maire.
Manquent à l’appel Audrey Lamy et Loup-Denis Elion (qui incarnent Marion et Cédric dans la série). Les acteurs ont en effet annoncé leur souhait de quitter la série.

Pour la Réunion, le tournage d’un prime de 90 minutes de cette série élue « série préférée des Français » (série, rappelons-le, qui possède une production solide et qui est diffusée sur M6, une chaîne nationale à grande audience ) aura un impact économique et une couverture médiatique locale et internationale non négligeables.
De plus, ce prime, qui sera diffusé sur plusieurs mois, contribuera à la visibilité de l’île. Chaque année, deux émissions spéciales sont tournées hors studios. Après avoir été diffusés en prime time à 20h50, leurs sketchs sont rediffusés dans les séries quotidiennes et cela pendant deux ans. Et c’est sans compter sur la possibilité de les visionner en replay.
Côté emploi, des  Réunionnais (techniciens  intermittents du spectacle), ont été embauchés sur la série.


Pour rappel, cette série, diffusée chaque soir sur M6 depuis novembre 2009, draine en moyenne 4 millions de téléspectateurs avec des pics d’audience à 6 millions de téléspectateurs !
Des téléspectateurs qui se retrouvent dans les différents couples et qui s’amusent des situations cocasses et des dialogues comiques.

Bassin Vital

Je vous propose une randonnée, à faire en famille, dans l’ouest de l’île.
Nous optons pour une marche que nous avions déjà faite il y a… pfff… plus de quinze ans ! Une découverte pour notre fille et Melba et une redécouverte pour mon mari et moi. Nous avions juste oublié à quel point le début de la montée est raide. Comme quoi, la mémoire est très sélective. Donc, direction Bassin Vital et sa cascade haute de 150 mètres. Sauf que, durant la saison fraîche… point de cascade ! Dommage ! Il faudra que l’on revienne durant la saison des pluies. Mais ce site déjà très fréquenté en ce moment risque d’être envahi en été !

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Pour se rendre au point de départ de la randonnée :

Direction l’ouest de l’île. En venant de Saint-Denis, prendre la sortie Savannah. Se diriger vers « Bois de Nèfles ». Après la zone commerciale et la station service tournez à droite vers le « Tour des Roches ». Après 1,7 km, se garer sur un parking en terre, à gauche.

Dénivelé :  180 mètres
Distance : 2 Kilomètres
Difficulté : facile
Durée : 1 h 15 à 1 h 30 aller-retour

Conseils :
*
Prévoir un chapeau, de la crème solaire et de l’eau. La montée est exposée à l’ouest et on souffre vite de la chaleur, surtout en été.
* En dehors de la saison des pluies, la cascade se résume à un mince filet d’eau.

Oratoire de Saint-Expédit lors de la montée par les « escaliers de géants »

La marche débute le long d’une ravine, sur une centaine de mètres. L’ombre des grands arbres rend le sentier agréable. Impossible de se perdre, car durant toute la randonnée, il suffit de suivre les marques jaunes et blanches.

Puis, commence la montée, raide. Pour cette ascension de près de 100 mètres de dénivelé, nous empruntons des « escaliers de géants ».

Quelques beaux points de vue sur l’Etang Saint-Paul, s’offrent à nous entre les feuillages. Il fait chaud et l’on transpire vite, alors que nous sommes à la saison fraiche !

La marche devient plus tranquille, sur une pente douce et sous un couvert végétal clairsemé qui permet une halte « eau » bienvenue.

Après une trentaine de mètres de marche, le sentier se met à descendre. A travers une végétation devenue épaisse et luxuriante, on aperçoit le bassin. On continue à descendre et jouons bientôt les équilibristes sur d’énormes galets. Comme nous nous y attendions, il n’y a pas de cascade mais le bassin d’un vert intense et à l’eau quasiment immobile, reflète le paysage qui l’entoure.

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Le retour se fait par le même itinéraire, ou pas, car il est possible, en rejoignant l’autre rive au niveau du bassin, de faire une boucle pour revenir vers le parking. Ce sentier commence par une montée et redescend vers la ravine. Si vous optez pour la boucle, suivez toujours le balisage jaune et blanc. De notre côté, nous avons préféré revenir sur nos pas. La descente, avec la vue de l’Etang Saint-Paul face à soi, est sublime.

Errance animale (3) partie 3… l’épilogue.

Mercredi 27 septembre. Le chaton est debout ! Davantage sur trois pattes que sur quatre, mais il est enfin debout et se déplace un peu. Il n’ose pas poser sa patte réparée et a du mal à garder l’équilibre pour se pencher vers sa gamelle de lait. Je la lui tiens à la hauteur de sa bouche et il lape. Il a une drôle d’allure : sa patte droite et son flanc droit sont rasés, ainsi que son ventre et une partie du flanc gauche. Les poils de son dos sont hirsutes et avec ses cicatrices, j’ai bien envie de l’appeler Frankestein ! Le vétérinaire a profité de la seconde opération pour enlever les fils de son ventre. Il me montre les radios de la patte. Je suis impressionnée. C’est pas mal Terminator comme prénom, pour un chaton bionique, non ?

Le soir, nous retournons tous les trois le voir. Quels progrès depuis ce matin ! Il pose le bout de sa patte pour marcher et arrive à se pencher vers sa gamelle.

Je continue à venir le voir chaque jour, matin et soir. L’inquiétude s’atténue à chaque visite. J’observe une auxiliaire durant une petite séance de kiné. Il a un jouet suspendu dans sa cage et s’amuse avec. La vétérinaire a vérifié. C’est un petit gars !

A l’appartement, on prépare l’arrivée du chaton : une très grande cage qu’on isolera dans une pièce pour éviter une confrontation trop précoce entre le petit convalescent et les autres chattes de la famille, une litière pour chaton avec une ouverture pour qu’il n’ait pas à enjamber un rebord trop haut, un coussin, des gamelles, des jouets et un doudou souris. Une liste de prénoms commence à être rédigée et elle s’allonge à vue d’œil. Une bonne quarantaine de noms ! Tout le monde fait des propositions et un vote sera nécessaire.

Jeudi 28 septembre. Ce soir, avec Melba, nous prenons la direction de la clinique pour voir le chaton. Une auxiliaire me l’apporte, installé dans une serviette. En voyant Melba, il se met à trembler. Quant à Melba, elle est contente. Elle commence d’ailleurs à s’exciter. Je m’assois avec le chaton, Melba se couche à mes pieds. Au bout de quelques minutes, le chaton cesse de trembler. Il se redresse pour jeter un coup d’œil sur la chienne. Il adore que je le gratouille sur la tête et en ronronne de plaisir.

C’est le vendredi 29 septembre que nous procédons au vote. Dès le premier tour, trois noms font l’unanimité : Toffee, Yuzu et Berlioz (l’un des chatons du dessin animé « les aristochats »). Ce sera finalement Toffee. Notre petit roux et blanc échappe aux sempiternels noms donnés aux chats rouquins : Garfield et Caramel. Il échappe aussi au nom souvent donné aux chats roux et blanc : Nougat. Toffee (qui est un caramel anglais) s’inspire néanmoins de son pelage. Et la présence du son [i] dans son nom était importante, car c’est un son que les chat entendent bien et qui les aide à mémoriser leur nom.

Le choix est difficile. Chacun a la même liste et nous entourons les noms qui nous plaisent.

Samedi 30 septembre.  Nous lui apportons une petite balle à grelot. Il adore ! Il ne lape que son lait et refuse toujours les croquettes pour chaton. Les anti-inflammatoires sont terminés et il ne lui reste que quelques jours d’antibiotiques. Le week-end sera encore long sans le voir, mais l’inquiétude n’est plus là.

Lundi 2 octobre. Ce matin, avec ma fille, nous nous rendons à la clinique. Nous apprenons qu’il pourra sortir demain matin, après sa dernière injection d’antibiotique. Nous passons presque trente minutes avec lui à le câliner et à jouer. Il tente de laper les croquettes que les auxiliaires ont mis dans sa gamelle de lait. Par hasard, sa petite langue en attrape une et il découvre la mastication.

Demain, Toffee sort !

Mardi 3 octobre. Toffee peut enfin sortir. Il devra revenir lundi prochain pour le retrait des fils de sa patte. Une fois à l’appartement. Je pose la cage de transport dans l’entrée pour fermer la porte et me débarrasser des sacs. Ivy s’approche de la cage et crache. Ce n’est pas gagné ! Jusqu’à présent, elle était la petite dernière. J’emmène Toffee dans la chambre de ma fille, où nous avons installé ses affaires. Timidement il sort de la cage et commence à explorer, restant souvent caché derrière un rideau. Mais la curiosité est la plus forte et bientôt, il teste tous les jouets étalés au sol : balles sonores, poteau griffoir, canne à pêche qui tourne…

Je suis assise par terre, mais dès que je bouge un peu, il sursaute et part se cacher. Et comme jouer et explorer ça donne faim, il attaque ses croquettes. Par contre la gamelle d’eau n’a pas beaucoup de succès. Ce n’est que l’après-midi qu’il y trempera la langue et qu’il se rendra compte que l’eau c’est bon lorsque l’on a soif d’avoir trop joué et mangé.

Tout se transforme en jouet !

Mercredi 4 octobre, ce soir, lorsque Toffee était déjà dans sa cage pour la nuit, Léïa est entrée dans la chambre. Elle est sa demi-sœur après tout ! Elle a senti l’odeur d’un chat étranger. Elle s’est approchée à tâton, ventre au sol, est passée sous le lit, avant de s’immobiliser en fixant la cage. Lorsque Toffee a bougé, Léïa a pris peur et s’est enfuie ! Toujours aussi courageuse notre Lélé ! Ivy, reste à l’extérieur de la chambre, se contentant d’observer de loin lorsque la porte est ouverte et que Toffee est dans sa cage. Bien qu’elle ait vu Léïa s’approcher et regarder Toffee, elle n’en fait pas autant.

Jouer, donne faim !

Jeudi 5 octobre, Ivy a ouvert la porte de la chambre et est tombée nez à nez avec Toffee. Elle a feulé et est partie. Un peu plus tard, Léïa est restée un long moment à observer Toffee dans sa cage. Elle s’est approchée, l’a senti. Le chaton l’a aussi observée. Ivy, est restée à l’extérieur de la chambre, se contentant d’observer de loin.

Dimanche 8 octobre, Léïa a feulé Toffee. Il n’a pas oublié et lorsqu’elle est revenue, c’est lui qui l’a feulée. Léïa a eu peur et s’est enfuie ! Ivy, ne rentre toujours pas dans la chambre.

Face à face entre frère et soeur.

Quant à Mina, la vieille chatte de 20 ans (aussi surnommée « Mémé Ronchon » ou « Tatie Danielle »), au début, nous n’arrivions pas à savoir si elle s’était rendue compte de la présence de Toffee. Même si elle ne doit pas très bien entendre ses miaulements, elle devait quand même le sentir. Un soir, elle est entrée dans la chambre et est tombée nez à nez avec lui . Elle a grogné et craché. Toffee a eu peur, il s’est blotti contre moi. Mina a même feulé ma main qui portait l’odeur du petit ! Quel caractère !

Notre vieille ronchon (20 ans, ça fait quand même 100 ans pour un chat !)

Toffee ne sort de sa cage que sous surveillance et la porte de la chambre est fermée, pour éviter une éventuelle agressivité des chattes. Il doit utiliser le plus possible sa patte en marchant. Mais ses jeux sont encore désordonnés, un peu brusques et maladroits. Il perd souvent l’équilibre, surtout que sur le carrelage sa patte réparée glisse. La grande serviette que j’ai posée sur le sol pour lui éviter des glissades ne sert pas à grand-chose, vu qu’il est toujours à côté.
Comme après ses opérations, il ne lui reste qu’une touffe de poils sur le dos, je lui ai acheté une brosse douce pour bébé. Il adore être brossé.
Il mange bien ses croquettes, boit, joue, court, sautille, s’agrippe avec ses pattes avant pour grimper sur le poteau griffoir, adore jouer à cache-cache. Comme je suis assise par terre lorsque je le libère (avec l’ordi sur les genoux), il vient me chatouiller avec ses vibrisses et donne des petits coups de pattes sur mon bras pour que j’arrête de taper sur le clavier et que je le gratouille. Il saute sur le clavier, rajoutant des mots et des espaces.
Lorsque je tends ma main devant lui il donne un petit coup de patte comme s’il checkait. Du coup, à chaque fois qu’il tape dans ma main, je lui dis « Check! », de façon à ce qu’il associe son geste à mon mot et que, plus tard, il fasse ce geste lorsque je dirais « check! » Il aime monter sur mes genoux et se blottir. Il réclame alors caresses et gratouilles avant de s’endormir en ronronnant.

C’est l’heure des câlins !

Lundi 9 octobre. C’est le jour du retrait des fils. Enfin, c’est ce que je croyais. En voyant Toffee marcher, le vétérinaire a trouvé que sa patte était plus raide qu’à sa sortie. Toffee a dû être hospitalisé une semaine de plus. Il a été endormi afin que le vétérinaire puisse forcer sur la rotule sans lui faire mal. Cela a été dur de repartir sans lui.
Mais après cinq jours de rééducation, les progrès ne sont pas au rendez-vous. Le vétérinaire craint que toute sa patte devienne raide, ce qui l’handicaperait pour marcher, courir, sauter. Si dans un mois, il n’y a aucune amélioration, Toffee devra être amputé. D’après le vétérinaire, un chat est plus à l’aise avec trois pattes qu’avec une patte « béquille ».

Vendredi 13 octobre : Toffee est de retour, presque un mois après que Melba l’ait trouvé. Il déborde d’énergie ! Je continue la rééducation mais malgré les anti-douleurs, il n’aime pas ça et le fait savoir.
Nous avons finalement installé sa cage dans le bureau, de façon à ce que Ivy récupère « son » territoire : la chambre de ma fille. Vu qu’elle se montrait toujours agressive, je lui ai donné des « fleurs de Bach – agression ». Ce sont des granules homéopathiques pour les animaux. Et après une semaine de traitement, les résultats sont visibles !
Melba est tellement excitée à chaque fois qu’elle voit « son » chaton, qu’elle réussit à lui faire peur !

Une petite sieste s’impose

On appelle le chaton par son prénom pour qu’il l’apprenne. Ses yeux bleus de bébé commencent à changer de couleur. Jaune ou vert ? C’est encore difficile de se prononcer.
Ma dernière inquiétude concerne sa patte postérieure droite qui est toujours raide au niveau de la rotule. Il ne la plie pas du tout, bien que cela ne l’empêche pas de courir, de bondir et de sautiller. C’est un chaton plein de vie et heureux de découvrir le monde qui l’entoure, de jouer… bref de vivre. Je ne sais pas s’il gardera sa patte, mais compte tenu de tout ce qu’il a traversé ces dernières semaines, ce sera un moindre mal.

Je n’ai pas assez de mots pour dire toute la reconnaissance que j’éprouve envers l’équipe de la clinique vétérinaire de la Providence qui a pris Toffee en charge, qui a veillé sur lui et qui l’a soigné.  Merci aux deux vétérinaires : Dr Taillieu Sébastien et Dr Taillieu-Leroy Sophie, de m’avoir suivie dans mes décisions et d’avoir pris le risque de l’opérer. Merci aux trois auxiliaires : Estelle, Honorine et Laurence, d’avoir supporté mes visites bi-quotidiennes et mes questions. Merci à l’équipe d’avoir veillé sur ce petit chaton errant bien mal en point et de l’avoir remis sur pattes.

Vers « Errance animale (3), partie 2 »

Les fous sont lâchés !

Cliquez pour agrandir

Et voilà, ça y est, l’édition 2017 de la Diagonale des Fous (le Gand Raid) a débuté hier soir à Saint-Pierre à Ravine Blanche. Avec plus de 2500 concurrents sur la ligne de départ et 164,6 km, le Grand Raid confirme sa réputation de course mythique pour tous les raiders du monde entier. L’arrivée estimée du vainqueur du Grand Raid se fera au stade de la Redoute à Saint-Denis, ce soir et le dernier concurrent devrait  franchir la ligne en milieu d’après-midi, ce dimanche 22 octobre.

Cliquez sur l’image pour voir le parcours de la course et son profil

Le grand raid en quelques chiffres :

Extrait de la liste de course pour nourrir, durant les quatre jours de raid, les nombreux concurrents et bénévoles :

Véhicules nécessaires au transport des denrées, tentes, couvertures, lits pliants, tables de massage, trousses à pharmacie, groupes électrogènes, matériel électrique, ordinateurs (pour  le pointage) :

  • 14 fourgons de 12 m3
  • 3 fourgons de 9m3
  • 3 minibus
  • 3 4×4
  • 3 fourgonnettes
  • 2 véhicules légers
  • 1 camion à plateau
  • hélicoptère (pour les sites inaccessibles par route)

Sans compter les 12 bus de 50 à 60 places pour le transport des concurrents jusqu’au départ de la course.

La 25ème édition du Grand Raid, c’est aussi d’autres courses : La Mascareignes, 64,6 km, dont le départ a eu lieu ce matin à 3h00 à Grand Ilet et dont l’arrivée se déroule en ce moment même à Saint-Denis.

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C’est aussi le Trail de Bourbon, 111 km, dont le départ se fera dans quelques heures à Cilaos, pour une arrivée prévue demain, au alentour de 17h00 à Saint-Denis

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Pour tout savoir sur le Grand Raid et, qui sait, peut-être y participer l’année prochaine, rendez-vous sur le site officiel de la course.

source : grandraid-reunion.com

Errance animale (3) partie 2

Ce mercredi 20 septembre, j’ai rendez-vous avec l’autre vétérinaire de la clinique. Le chaton a passé la nuit et le traitement semble avoir eu quelques effets. Il s’est aussi nourri. Je me sens rassurée.
Le vétérinaire propose une radio. Revêtu d’une veste de protection, il emmène le chaton dans une salle et en ressort quelques minutes plus tard pour le ramener en soins intensifs. Lorsqu’il vient me chercher dans la salle d’attente, son visage est grave et il m’annonce d’emblée que les nouvelles ne sont pas bonnes.
L’état du chaton est pire que ce qu’il pensait.
Il me fait entrer dans la salle de radiologie. Au fond de la petite pièce est allumé un écran. Mes yeux se posent sur les clichés en noir et blanc. Mon cœur loupe un battement. Je n’ai pas besoin d’avoir fait médecine pour comprendre que ce que je vois n’est pas normal. Les explications du vétérinaire ne font que confirmer mes craintes. Le diaphragme est perforé et l’intestin grêle est passé dans la cage thoracique. La surimpression des poumons et des intestins fait froid dans le dos. Dans le ventre du chaton, il ne reste que le colon, tendu en direction de sa poitrine. Il y quand même une bonne nouvelle : l’absence d’hémorragie interne, comme le craignait la vétérinaire, hier.

Comment a-t-il réussi à survivre après un tel traumatisme ?
Mais les mauvaises nouvelles ne sont pas terminées. La seconde radio montre deux fractures à la patte postérieure droite : une au fémur et l’autre au tibia.
La colonne vertébrale et la moelle épinière ne sont pas touchée. C’est un soulagement.

Le vétérinaire me propose, comme sa consœur de la veille, deux solutions : l’euthanasie ou une opération de réparation du diaphragme avec seulement 25 % de chance de survie à l’anesthésie et au choc opératoire. Je dois prendre ma décision rapidement car si j’opte pour l’opération, il faut qu’elle ait lieu immédiatement.
Le vétérinaire m’explique aussi que, s’il survit à cette première intervention, une seconde sera nécessaire pour poser des plaques sur les os de la patte. Les fractures sont en biais et les os se sont décalés.
Le vétérinaire voit que je suis sous le choc et il me demande si je peux en discuter avec quelqu’un. Impossible, mon mari est au travail et donc injoignable. Encore une fois, je vois des points noirs devant mes yeux et mes jambes se ramollissent. Il n’y a pas de chaise dans la salle de radiologie. Je m’excuse auprès du vétérinaire et me laisse glisser le long du mur sur lequel j’ai pris appui.
Dans mon cerveau, c’est l’ébullition. Je revois le chaton, son regard, j’entends ses miaulements, je pense au fait qu’il s’alimente. Je ne me résous pas à le faire piquer. C’est un petit, un bébé, qui a la vie devant lui. Ce n’est pas comme la fois où j’ai dû prendre la décision de faire piquer ma vieille chatte, Leeloo, car ses reins avaient lâché et qu’aucun traitement n’aurait pu la guérir.
Vu l’état du chaton, je me dis « autant tenter l’opération ». S’il doit partir, il le fera durant l’anesthésie, tranquillement, paisiblement. S’il résiste, alors je n’aurais pas à me demander toute ma vie, si j’ai fait le bon choix. Le vétérinaire me rappelle que même s’il survit à l’opération, rien ne sera encore gagné et que le chemin vers la guérison sera long et semé d’embûches.

Comment ce chaton peut-il avoir de telles blessures ? Son pelage couvert de cambouis laisse supposer qu’il est entré dans un moteur de voiture. Au démarrage de celle-ci, il a dû recevoir un choc, probablement par la courroie. La patte s’est alors brisée et les viscères ont été compressées, remontant dans le thorax en déchirant le diaphragme.

Je comprends à présent ses cris. Le pauvre petit, comme il doit souffrir ! C’est difficile de se représenter la douleur qu’il doit ressentir. Je comprends aussi le comportement de la chatte. Pour elle, son petit était perdu. Elle l’a éloigné de sa portée et ne s’en occupait plus, l’abandonnant à son agonie.

Mais moi, je ne peux pas me résoudre à le laisser mourir : il miaule, se redresse comme il peut, accepte de se nourrir. Au fond de moi j’en suis persuadée : ce petit veut vivre et il est prêt à se battre pour cela. Il a juste besoin qu’on l’aide et que l’on croit en lui. Les vétérinaires et les auxiliaires l’aideront. Moi, je croirais en lui. Je ne peux rien faire d’autre. Et je suis sûre que des pensées positives l’encourageront.

Ma décision est prise. Le chaton sera opéré avant la fin de la matinée. Je suis soulagée d’avoir fait ce choix, mais terriblement inquiète. Le vétérinaire m’a promis d’appeler dès la fin de l’intervention, vers midi.

Le téléphone portable ne me quitte pas. Impossible d’avaler quoi que ce soit. Mon estomac est noué. Je me répète comme un mantra « bats-toi petit chaton, accroche-toi, tu es un petit costaud ! ». Lorsque le téléphone sonne enfin, je suis paralysée. Ma fille m’enjoint de le décrocher. A l’autre bout du fil, le vétérinaire m’apprend que l’opération s’est bien passée, que le chaton est en réveil. Mais cette bonne nouvelle est vite nuancée. La radio n’avait pas révélé qu’une partie du foie était aussi passée de l’autre côté du diaphragme. L’organe a l’air intact. C’est déjà ça. Le chaton n’est pas sauvé pour autant, juste en sursis pour les prochains jours. Une partie de ses intestins n’a pas été irriguée en sang et le risque de nécrose est important. Lorsque je raccroche, je suis partagée, une nouvelle fois, entre le soulagement et l’inquiétude.
Le soir, nous allons tous les trois lui rendre visite. Je m’attendais à ce qu’il soit réveillé, mais il est encore endormi. Le choc post-opératoire, m’informe le vétérinaire. La respiration du chaton est calme, régulière, lente. Rien à voir avec celle de ces deux derniers jours.

Jeudi 21 septembre. Petit bout d’affaire, comme je le surnomme, est réveillé et semble en pleine forme. Il regarde autour de lui, miaule, prend son lait. Il arrive à se déplacer jusqu’à sa litière en traînant sa patte cassée. Elle se cogne sur les rebords du bac. J’ai mal pour lui.
Pour les jours à venir, le chaton restera à la clinique. Il sera suivi par l’équipe et devra prendre un traitement : antibiotiques, anti-inflammatoires, anti-douleurs.

Chaque jour, je continue à passer à la clinique, matin et soir. Il semble aller de mieux en mieux, même si le vétérinaire reste prudent. L’état de l’intestin l’inquiète.
Mais le week-end arrive : presque deux jours sans aller voir le chaton et prendre de ses nouvelles. Heureusement, comme promis, le vétérinaire m’appelle, le dimanche matin. L’état du petit bout est stable. Il a fait des selles, ce qui est bon signe.
Il se bat et a la rage de vivre. Je suis sûre qu’il vaincra. C’est mon petit « Rocky Balboa » !

Chaton après son opération abdominale

Ce lundi 25 septembre, le vétérinaire est optimiste. Il trouve que l’état du chaton s’est nettement amélioré. Il envisage de procéder à la seconde opération, celle de la patte. Mais ce sera seulement demain après-midi car le chaton a bu goulûment son lait ce matin et il n’est donc plus à jeun. L’opération sera longue : 3 heures. Le vétérinaire a un doute pour le tibia. L’os est si fin, qu’il ne sait pas s’il pourra mettre une plaque. Moi, ce qui m’inquiète, c’est la proximité des deux anesthésies générales.

Le soir, avec Melba, nous nous rendons à la clinique pendant la promenade. Je l’entend miauler. Melba s’est immobilisée, les oreilles dressées. L’auxiliaire va chercher le chaton. Lorsqu’elle revient, Melba se met à remuer la queue et se redresse pour voir le chaton qui est dans les bras de l’auxiliaire. D’une main j’aide Melba à rester debout et de l’autre je gratouille la tête du petit bout. Melba a l’air vraiment heureuse de revoir le chaton qu’elle a trouvé et retrouvé. Sent-elle qu’il va mieux ? Que sa vie n’est plus en danger ?

Mardi 26 septembre. L’opération n’aura lieu qu’en milieu d’après-midi, alors je vais le voir le matin. L’après-midi est longue sans nouvelles. Je passe quand même à la clinique lors de la promenade de Melba pour savoir. Mais le chaton est toujours au bloc. L’auxiliaire me rassure en me disant qu’il respire toujours. Ce n’est que vers 19 h que le vétérinaire m’appelle. L’opération s’est bien passée, le chaton a été mis en couveuse et se réveille. Mais – comme il faut toujours qu’il y ait un « mais » – la jeunesse de ses os a rendu la tâche plus ardue. Le vétérinaire ne peut garantir que les clous qui maintiennent les plaques resteront dans les os, encore trop mous. « c’est comme planter un clou dans une plaque de placoplâtre ». L’image choisie par le vétérinaire est parlante. Seconde inquiétude : une possible infection. Les antibiotiques seront continués dès le lendemain. Troisième inquiétude : les muscles de la cuisse. Le chaton ayant gardé sa patte cassée repliée, les muscles se sont raccourcis. Il faudra l’aider, par des séances de kiné, à plier sa patte au niveau de la rotule. Sans cela, la patte risque de se raidir et il faudra l’amputer. Encore une fois, lorsque je raccroche, je suis partagé entre le soulagement et l’inquiétude. Bien sûr, cette fois, ce n’est plus sa vie qui est en danger, mais j’espère qu’il n’y aura plus de complications et que le bout du tunnel arrive enfin.

Après sa seconde opération (chirurgie orthopédique)

Vers « Errance animale (3) partie 1 »

Vers « Errance animale (3), partie 3… l’épilogue »