Errance animale (5) : Vanille

Je crois que je suis abonnée… abonnée aux p’tits loulous abandonnés et mal en point.
La dernière en date ? Une petite chatounette d’à peine trois mois dont l’histoire est un mixte entre celle d’Ivy et celle de Toffee (mais fort heureusement pas aussi grave !)
Donc, me voilà un lundi en fin de matinée prenant la direction de Sainte-Suzanne, dans l’est. Depuis que j’ai trouvé Ivy, sur cette quatre voies, j’avoue que j’appréhende de l’emprunter. Et puis, il y a aussi trop de cadavres d’animaux sur le bord de cette route, à mon goût. Et pour moi, un, c’est déjà un de trop…
Je n’avais pas parcouru trois kilomètres sur la quatre voies, qu’en franchissant le pont de Sainte-Marie,  mon coeur loupe un battement !

J’aperçois sur le garde corps, la petite tête noire et blanche d’un chaton.
Le petit bout ne bouge pas, regarde d’un air terrifié les voitures qui défilent à moins de deux mètres de lui. Je ne peux même pas m’arrêter car la bande d’arrêt d’urgence est mince à cet endroit et je roule trop vite pour me garer sans créer un accident.
Je continue ma route en tremblant, quitte la quatre voies à la première sortie, fais demi-tour pour revenir sur la quatre voies mais dans l’autre sens, en sort de nouveau au carrefour suivant et reviens sur mes pas. Cette fois, je roule doucement. En apercevant le garde-corps vert, je mets mes feux de détresse en marche, commence à rouler sur la voie d’arrêt d’urgence et diminue ma vitesse. Je ne sais pas exactement à quel endroit se trouve le chaton (le pont est long) et j’espère qu’il n’a pas bougé. Tout en roulant de plus en plus lentement – comme si j’étais en panne – je jette mon sac et mon panier sur la banquette arrière afin de dégager le siège passager. En voyant le chaton, toujours immobile sur le garde corps, je m’arrête à son niveau. En quelques secondes, je passe sur le siège passager pour sortir de la voiture, ouvre la portière, attrape le chaton et reviens dans la voiture. Le chaton est sur mes genoux lorsque je démarre. Il ne bouge pas, ne miaule pas. Il a l’air plutôt mal en point et il est midi trente. Où vais-je trouver un vétérinaire encore ouvert ?

Le chaton lors de sa découverte, fatigué et mal en point.

J’opte pour la clinique vétérinaire qui se trouve près de la quatre voies et que je sais être ouverte entre midi et deux. Les vétérinaires ne sont pas là, mais une auxiliaire me fournit de quoi réhydrater et réalimenter le chaton. Et comme, il y a une animalerie juste au-dessus, je peux me procurer une cage de transport et des alèses jetables. Le chaton mange une pâtée très riche et accepte de boire à la pipette. Mais je m’aperçois très vite qu’elle (oui, c’est une petite femelle) a de la diarrhée.
Lorsque le vétérinaire l’ausculte enfin, il pense à une intoxication. Il lui fait une injection d’antibiotiques pour faire tomber la fièvre. Je la ramène chez moi et je l’installe  dans une pièce tranquille. Pour l’instant pas question qu’elle fréquente les autres chats. Elle est très faible, épuisée et peut-être contagieuse. Lorsque je lui fais ses soins, elle se laisse faire, trop fatiguée pour s’opposer ou se plaindre.

Installation pour une mise en quarantaine.On voit sur son petit visage que le chaton est épuisé et malade.

Le lendemain, la fièvre est tombée. C’est déjà une bonne chose, mais la petite est toujours mal en point. Je vais chez mon vétérinaire – celui qui a opéré Toffee – pour avoir un autre avis. Il lui prescrit une semaine d’antibiotiques, des aliments adaptés aux problèmes gastriques et un pansement digestif.
Chaque jour, l’état du chaton s’améliore. Je la laisse découvrir et se promener dans la pièce. Au début, lorsque je lui propose des jouets, elle les regarde sans comprendre ce qu’elle doit en faire. Elle se positionne aussi souvent près de la porte fermée, car elle sent la présence des autres chats de la maison. Elle aimerait bien aller les voir, mais tant que le vétérinaire n’a pas donné son accord, elle doit rester isolée des autres. Et puis, c’est aussi une bonne façon pour les « anciens » de s’habituer à la présence de la petite nouvelle.

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A la fin de son traitement antibiotique, je retourne faire un bilan chez le vétérinaire. Il la trouve mieux, mais il est intrigué par sa passivité. Il fait balancer sa queue en nous demandant si l’avons déjà vue bouger. Ma fille et moi, nous nous regardons en réfléchissant. Non… ce chaton n’a jamais remué sa queue.
Et pour cause ! Après une radio, on découvre qu’une vertèbre est sectionnée. La queue est séparée du reste de la colonne vertébrale. Le chaton n’a pas été intoxiqué, mais percuté par une voiture ! Le vétérinaire craint une nécrose, mais veut attendre de voir si la fracture peut se réparer seule, car à ce niveau, il lui est impossible d’intervenir.
Les semaines passent. Vanille (c’est comme cela que nous l’avons appelée car elle est noire, comme la gousse de vanille ménagère, et blanche, comme une glace ou une crème parfumée à la vanille. En plus, elle grimpe partout, comme la liane du pied de vanille) s’est faite adopter par les autres chats de la famille, mais cela n’a pas été sans peine avec Toffee et Ivy.

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Finalement Vanille et Toffee ne se quittent pas. Ils dorment l’un contre l’autre, jouent tout le temps ensemble (ils n’ont qu’un mois d’écart), font des courses poursuite à travers tout l’appartement et vont même à la litière ensemble ! Un vrai petit couple avec ses moments de complicité et ses moments de prises de bec.

Vanille et Toffee, les inséparables.

Mais au bout de trois mois, la queue de Vanille ne bouge toujours pas et pend derrière elle comme une queue de cheval. Lorsque Toffee lui mord la queue, lors de leurs jeux, Vanille n’a aucune réaction. Elle ne ressent rien. Et puis, Vanille tombe beaucoup. Dès qu’elle grimpe sur une rambarde ou sur un meuble, elle dégringole, déséquilibrée par ce membre mort. En plus, elle s’automutile au niveau des cuisses et de la queue.
Le verdict du vétérinaire est sans appel. Vanille doit être amputée. Après Toffee, amputé de sa patte droite arrière, voilà que c’est maintenant au tour de Vanille !
Mais les animaux ont une capacité de récupération étonnante. Le soir même, elle gambadait déjà dans l’appartement. Encore un peu sonnée par l’anesthésie, mais déjà prête à reprendre ses jeux avec Toffee. L’absence de queue, lui donne un petit air de lapin avec ses petites fesses toutes rondes.

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Vanille, Ivy et Toffee, trois rescapés de la route, ont eu beaucoup de chance de croiser mon chemin. Mais combien d’animaux ont perdu et perdront encore la vie sur les routes réunionnaises ? Car la Réunion détient de biens tristes records concernant les animaux :

source : DAAF

Avec près de 9000 euthanasies par an ( pour 50 000 chiens et chats piqués sur tout le territoire français chaque année), la Réunion représente à elle seule près de 20% des euthanasies pratiquées en France !
Pour un chien placé en fourrière pour 250 habitants en Métropole, le ratio est d’un chien pour 50 habitants à la Réunion !
En 2016 à la Réunion, sur les 10 209 captures effectuées par la fourrière, 781 animaux avaient été volontairement abandonnés par leurs maîtres. Sur ces 10 209 animaux capturés, 82% ont été euthanasiés, seulement 528 ont été rendus à leurs propriétaires et 1200 cédés à des refuges déjà surchargés.
En comparaison, pour la Métropole, c’est 80% des chiens qui sont rendus à leurs maitres (l’identification par puce électronique est plus pratiquée qu’à la Réunion) ou cédés à des refuges pour adoption.
La cause de cette forte errance animale est connue : la  non stérilisation des chiens et des chats que leurs propriétaires laissent vagabonder et se reproduire à tout va !

 

3 réflexions sur “Errance animale (5) : Vanille

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