Errance animale (2) : Melba

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Après avoir trouvé un chaton – Léïa – sous ma voiture il y a deux ans, voici qu’un chiot se met à me suivre lors de ma séance de running. Une adorable petite chienne d’à peine trois mois, avec des yeux trop craquants. Mais, elle n’est pas épaisse…
Illico, je l’embarque chez moi. Après avoir mangé deux boites de pâtés pour chats – sous le regard assassin de Léïa et Mina, les deux chattes de la famille – la chienne prend la direction de mon véto. Peut-être a-t-elle une puce électronique ? Mais non… Rien… aucune identification ! Retour à l’appart, après une halte dans une animalerie, juste histoire de lui prendre gamelles, jouets, panier, coussin, harnais, laisse et, bien sûr, croquettes adaptées. Je l’installe sur le balcon – au grand désespoir des deux chattes qui se voient spoliées d’une partie de leur territoire –  et lui impose un nettoyage à coup de shampooing sec. Elle se laisse faire, ravie de se faire papouiller !

Je prend la décision de contacter la SPA qui me demande de la garder avec moi en attendant de lui trouver une famille d’adoption en France. Nous voici donc famille d’accueil ! Et il faut se réorganiser, car un chien, ce sont plusieurs sorties par jour pour ses besoins, mais aussi pour ses promenades d’une bonne demi-heure au parc à courir derrière la « baballe ». Je tente de faire un peu de running avec elle, mais elle s’arrête à chaque buisson pour renifler et farfouiller. Impossible de faire mes séances d’entrainements avec elle. Tant pis… J’adopte une allure de marche et m’adapte à ses trajets. Le principal, c’est la promenade de la chienne !

Nous l’emmenons avec nous – partout où nous pouvons – histoire de la sociabiliser : club hippique, aéroport, petites randonnées, marches sur le front de mer, plage (la découverte de la mer était un grand moment de folie !), balades en forêt… Elle adore la voiture et ne réclame pas lorsque l’on mange à l’extérieur… Tant mieux. Mais elle veut jouer avec tous les enfants et tous qui les chiens qui croisent sa route !

On cherche aussi un nom. C’est l’année des « M », alors on prend un dictionnaire (un gros !) et on liste tous les éventuels noms qui pourraient lui aller : Milky, Marmotte, Mollie, Mamzelle, Melba, Moka, Méthys, Muscade… une vingtaine en tout. Puis on raye, entoure, hésite et finalement, c’est « Melba » qui est choisi. L’idéal pour une petite chienne pleine de vie et qui a la pêche (melba) !

un bon dessert : une pêche Melba (demi-pêche pochée dans un sirop vanillé léger, glace à la vanille et coulis de framboise) (source image : Wikipédia)

On commence aussi l’éducation. D’abord, lui apprendre qui est « Melba ». Puis viennent les « assis », « attends », « non », « viens », « c’est bien », « va chercher »…  les ordres et les récompenses s’enchaînent. Melba apprend vite et avec plaisir.

Et puis, les jours défilent… les semaines passent. Des regards se croisent. Dans ses yeux, de la reconnaissance, de l’amour et de la tendresse. D’ailleurs, cette petite boule de poils est une boule de tendresse, qui raffole des câlins. Même si souvent, elle nous mordille. C’est normal après tout, car ses dents définitives poussent et l’agacent. Les jouets et les os à mordiller ne font pas long feu !

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Et puis des questions se mettent à me tarauder : Dans quel genre de famille ira-t-elle ? Sera-t-elle heureuse, là-bas, en France ?… Moi, j’ai le temps de l’emmener se promener, mais sa future famille aura-t-elle ce temps ? Melba aura-t-elle un jardin, elle qui a tant besoin de se dépenser, ou au moins un balcon ou sera-t-elle enfermée dans un appartement ?
La culpabilité s’invite aussi : Melba ne se sentira-t-elle pas trahie lorsqu’elle sera emmenée pour prendre l’avion ? Aura-t-elle le sentiment que je l’abandonne ? Que je ne veux pas d’elle ? Que je la rejette ?

Bref… famille d’accueil temporaire c’est trop dur pour moi. Je m’attache trop vite aux animaux. Des liens se créent, une complicité finit par naître et grandir… La laisser partir devient alors inenvisageable. C’est un déchirement rien que d’y penser. Mon mari a compris que Melba doit rester. En fait, il l’avait compris au moment même où il m’a vue avec la chienne dans les bras !
Je contacte la SPA pour leur annoncer ma décision et… signe un contrat d’adoption. Et voilà… Melba a, à présent, une famille qui l’aime et qui s’occupe d’elle. Ma fille adore la promener, jouer et courir avec elle. Mon mari lui fait découvrir les plaisirs de la table. Les deux chattes sont encore un peu réticentes vis-à-vis d’elle, mais Léïa a déjà bien fait comprendre à Melba que le chef, ici, c’est elle !
Un chien qui se soumet devant un chat ?! On aura tout vu !

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