Contre l’extinction des pétrels, éteignons les lumières.

  

Cette année, du 5 au 29 avril 2018, aura lieu la 10ème édition des “Nuits sans Lumière”. Presque un mois (au lieu de 10 jours, il y a 4 ans) où les éclairages publics s’éteindront dès 18 heures. Cette opération a pour but de sensibiliser les Réunionnais sur l’impact négatif de la pollution lumineuse.
Les dates ne sont pas choisies au hasard par la SEOR (Société d’Etudes Ornithologiques de la Réunion). Elles correspondent au calendrier prévisionnel d’envol des jeunes pétrels de Barau, c’est-à-dire à la période où ils quittent leur nid pour leur premier vol en direction de la mer. Cette période sensible, qui s’étend de début avril à fin mai, connaît un risque d’échouage très élevé. La SEOR espère que l’extinction des lumières artificielles permettra à la majorité des jeunes pétrels et puffins – petits oiseaux de mer – de gagner l’océan sans encombre.

Ce calendrier montre que la période sensible s’étend de début avril à mi-mai.  La pollution lumineuse étant un fléau pour les pétrels, la SEOR recommande une extinction totale des lumières artificielles durant la période allant du 7 avril au 1er mai.
source : SEOR

Ces oiseaux marins sont sensibles aux points lumineux. Trompés et désorientés par les éclairages urbains qui s’étendent de plus en plus sur le territoire réunionnais, et qu’ils prennent pour le reflet de la Lune sur l’Océan Indien, un grand nombre de jeunes pétrels et de puffins (ainsi que quelques adultes) s’échouent au sol. Une fois tombés par terre et privés de leur promontoire, il leur est impossible – avec leurs grandes ailes – de redécoller seuls. Ils périssent alors de déshydratation, de faim, de prédation (chiens et chats errants), voire d’écrasement sur les axes routiers.

dépliant les nuits sans lumière 2018 (PDF)

Pour compenser cet impact négatif lié aux activités humaines, la SEOR assure le sauvetage de ces oiseaux depuis 1995. Chaque année, la SEOR prend en charge, soigne et relâche entre 2300 et 2800 pétrels et puffins. Depuis novembre 2012, les échouages de ces oiseaux sont pointés de façon très précise par la SEOR dans le logiciel Google Earth, à partir des éléments d’adresse communiqués par les personnes qui trouvent les oiseaux échoués. Si dans les premières années, la SEOR parvenait à géolocaliser 30 à 50 % des échouages, en 2017, ce sont 2183 oiseaux sur les 2773 pris en charge qui ont été géolocalisés avec précision, soit 80 % des échouages. Une meilleure localisation des zones d’échouage permet une prise en charge rapide de l’animal à sauver ainsi que l’identification précise des zones à risques. Ces données ont aussi permis à la SEOR de dresser une carte déterminant avec précision les zones provoquant les échouages.

 

Carte de répartition des échouages des pétrels et puffins pour l’année 2017
source : SEOR

Une étude effectuée par la SEOR, sur les trajectoires des pétrels, permet de constater une corrélation entre les lieux d’échouages massifs des oiseaux et les sites importants de lumière artificielle. Ces données ont permis à la SEOR de faire un bilan des échouages et de classer les communes en fonction d’un niveau d’enjeu écologique. Les communes où l’enjeu écologique est le plus fort font l’objet d’un travail de sensibilisation plus poussé, afin qu’elles puissent cibler – au sein de leur territoire –  les zones où la pollution lumineuse est la plus impactante pour les pétrels.

La superposition de la carte des échouages et de celle des zones de pollution lumineuse met en évidence la corrélation entre éclairages et échouages. 
source : SEOR

Rappelons que ces campagnes d’extinction des lumières artificielles des communes de la Réunion ont pour but de préserver les jeunes d’une espèce menacée d’extinction.

     

Si les oiseaux marins (pétrels, fouquets et puffins) sont les premières victimes de nos trop nombreuses lumières nocturnes, voici d’autres raisons pour vous convaincre d’éteindre les lumières : santé, environnement, économies…

La lumière artificielle a des effets néfastes sur nous : troubles du sommeil, de la concentration, agressivité, diminution de performance… sont quelques-uns des 80 troubles liés à un éclairage excessif. La nuit noire est essentielle à notre rythme biologique.

Les éclairages trop nombreux et mal orientés perturbent le cycle de vie des tortues marines. Les femelles ne viennent plus pondre sur les plages éclairées et les nouveau-nés – qui se guident avec le reflet de la lune sur la mer – sont désorientés par les lampadaires allumés. Ils risquent alors de mourir de déshydratation, de fatigue ou de prédation.

L’île de La Réunion possède une biodiversité riche et unique grâce à des espèces animales endémiques. Or l’éclairage à outrance est nuisible à toutes les espèces animales de l’île (insectes, chauve-souris…). La surmortalité des insectes nocturnes (papillons de nuit, par exemple) a une conséquence directe sur la chaîne alimentaire naturelle et sur la pollinisation de certaines plantes.

La «pollution lumineuse » désigne le halo lumineux généré par la lumière mal orientée et donc perdue. Un fléau pour les astronomes et autres amoureux des étoiles.

S’éclairer coûte cher ! 58 % de la consommation totale d’électricité est imputable à l’éclairage. Une économie de 25 à 50 % sur la facture énergétique globale serait possible si chacune des communes de l’île revoyait la puissance, l’orientation et les horaires de l’éclairage public urbain.

A La Réunion, 65 %  de l’électricité est produite à partir d’énergie fossile qui génère du C02 ( gaz à effet de serre) et contribue au réchauffement climatique. Au niveau mondial, près de 15% de la consommation électrique est destinée à l’éclairage, ce qui représente 5% des gaz à effet de serre.

« Éteignons les lumières inutiles ou dirigées vers le ciel pour favoriser l’envol des jeunes pétrels, la ponte des tortues marines, l’observation du ciel et économiser l’énergie ! »
(slogan de la 10ème édition des Nuits dans Lumière)

Jeune Petit Fouquet, trouvé par Melba lors de notre sortie course à pied sur le Front de Mer de Saint-Denis (mois de janvier 2018). A défaut de carton, je l’ai placé dans une boîte de transport pour chat.

 

LES RECOMMANDATIONS DE LA SEOR EN CAS DE DECOUVERTE D’UN OISEAU ECHOUE

Si vous trouvez un oiseau échoué, évitez de le manipuler inutilement, car cet oiseau sauvage risque de stresser.
➔ Mettez-le dans un carton, dans lequel vous avez fait quelques trous pour lui permettre de respirer et placez-le dans un endroit au calme, à l’abri de la chaleur et du soleil, des chiens et des chats.
➔ Ne le nourrissez pas !
➔ Appelez au plus vite la SEOR au : 0262.20.46.65
Si personne n’est disponible lors de votre appel, laissez votre nom et votre numéro de téléphone sur leur répondeur. Une personne vous rappellera rapidement. Dès lors, la SEOR organisera avec vous, la récupération de l’oiseau dans les plus brefs délais grâce à son réseau de sauvetage (bénévoles + structures relais) opérationnel sur toute l’île.

Nous avons déposé le jeune Petit Fouquet directement à la SEOR (13, ruelle des Orchidées,
Cambuston, 97440 SAINT ANDRE) où il a été pris en charge (réhydratation, auscultation, nettoyage des plumes et réalimentation) avant d’être relâché.

À l’occasion des « nuits sans lumières » plusieurs évènements de sensibilisation sont programmés sur toute l’île. Le programme est à retrouver sur le site de nuits sans lumière.

Sources :
SEOR

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Cimetière La Peste

Alors déjà, non, je ne suis pas obsédée par les cimetières en ce moment, un mois après l’article sur le Cimetière de l’Est, mais j’avais envie de continuer à vous faire découvrir ces lieux mal aimés.
Aujourd’hui, découverte d’un petit cimetière qui, s’il ne paie pas de mine au premier abord, a une histoire qui ne laisse pas indifférent. Car les cimetières aussi peuvent être les témoignages de l’histoire d’un lieu et d’une communauté.

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Errance animale (4)

Je crois que je suis abonnée… abonnée aux p’tits loulous abandonnés et mal en point.
La dernière en date ? Une petite chatounette d’à peine trois mois dont l’histoire est un mixte entre celle d’Ivy et celle de Toffee (mais fort heureusement pas aussi grave !)
Donc, me voilà un lundi en fin de matinée prenant la direction de Sainte-Suzanne, dans l’est. Depuis que j’ai trouvé Ivy, sur cette quatre voies, j’avoue que j’appréhende de l’emprunter. Et puis, il y a aussi trop de cadavres d’animaux sur le bord de cette route, à mon goût. Et pour moi, un, c’est déjà un de trop…
Je n’avais pas parcouru trois kilomètres sur la quatre voies, qu’en franchissant le pont de Sainte-Marie,  mon coeur loupe un battement !

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Le moringue, art martial réunionnais

source : ImazPress

Originaire de Madagascar – sous le nom de moraingy – le moringue est un sport de combat pratiqué à la Réunion et dans d’autres îles de l’Océan Indien.

A l’origine, ce sport de combat est beaucoup plus violent que celui pratiqué actuellement à la Réunion : Bien que les pratiquants combattaient à mains nues, les coups de pied, de genoux et de tête étaient acceptés. Seules les techniques de combat de corps à corps étaient interdites.

Si on peut encore trouver des pratiques authentiques de cet art martial à Mayotte et à Madagascar, la version réunionnaise, créée en 1996, utilise des techniques proches de la capoeira brésilienne et a donc  peu de choses en commun avec le moringue originel.

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Démographiquement vôtre

Selon le recensement de la population, effectué par l’Insee et rendu public en début d’année, la Réunion comptait 850 727 habitants au 1er janvier 2015. La population de l’île a progressé de 0,7 % par an depuis 2010, à un rythme plus rapide qu’en France métropolitaine (+ 0,5 %). Ainsi entre 2010 et 2015, la population réunionnaise a augmenté de 29 600 personnes.
Les Réunionnais représentent 1,3% de la population française. La Réunion se classe au 25ème rang des départements français les plus peuplés, derrière la Guyane (+ 2,6 % par an) et la Corse (+ 1,1 %), mais devant les Antilles qui perdent des habitants (Martinique : – 0,7 % par an ; Guadeloupe : – 0,3 % par an).

A la Réunion, la croissance démographique est soutenue par les naissances, plus nombreuses que les décès, soit une hausse de la population de l’ordre de 9 900 habitants par an en moyenne entre 2010 et 2015 (+ 1,2% par an).

Cependant, les départs étant plus nombreux que les arrivées sur la même période, cet effet d’accroissement naturel de la population se voit atténué (-0,5% par an). Autre constat : la population de La Réunion augmente  moins vite que par le passé (entre 1999 et 2010, elle augmentait deux fois plus vite (+ 1,4 % par an).

Selon les régions de l’île, la croissance démographique n’est pas la même :

Tout comme elle varie en fonction des communes :

 

Depuis le premier février 2018, l’Insee a commencé sa nouvelle campagne de recensement. Celle-ci s’achèvera le 10 mars 2018.

Source :
INSEE Flash La Réunion n°116

Des poulettes pour réduire les déchets

« Dann tan lontan » (autrefois), chaque « case » (maison) avait son poulailler. Les poules étaient nourries des épluchures et des restes alimentaires et, en contre-partie, elles offraient des oeufs frais et un engrais naturel prêt à l’emploi. Parfois, elles finissaient aussi dans la marmite, mais ça, c’est une autre histoire, qui ne nous intéresse pas ici…
Bref, revenons-en à nos poules réductrices de déchets organiques… L’urbanisation grandissante de la Réunion et la multiplication des immeubles, ont participé à la raréfaction de cette pratique. Seuls ceux qui possèdent un jardin peuvent encore aménager un enclos et un poulailler.
Encore faut-il savoir comment si prendre…
D’où l’intérêt de cette expérimentation du territoire de la côte ouest (TCO) qui durera cinq mois, de janvier à mai 2018.
Le 23 novembre 2017, le TCO a lancé un appel à candidature dans le cadre de l’opération « Des poules pour réduire ses déchets ». Le concept est simple, il suffit de nourrir les animaux avec les restes alimentaires dans le but de réduire les déchets organiques.
Voici quelques données transmises par le TCO dans son communiqué :
  • Un habitant du TCO a produit, en moyenne, 545 kg de déchets en 2016.
  • Environ 15% de ces déchets sont composés de déchets de cuisine (épluchures, restes de repas, de riz, de pâtes, de pains, etc.), ce qui représente environ 75 kg/habitant/an.
  • Une poule serait capable de manger plus de 100 kg de nourriture chaque année. Elle est omnivore et peut donc se nourrir d’une grande partie des déchets de cuisine.

 

Alors les poulettes, une solution efficace pour réduire ses déchets organiques et lutter contre le gaspillage alimentaire ? C’est ce qu’a voulu vérifié le TCO en lançant cet appel à candidature à destination des foyers de la côte ouest. Mais pas que les foyers : écoles, entreprises, restaurants, crèches… étaient les bienvenus !
Vingt foyers témoins ont été sélectionnés sur les 123 candidatures reçues en 1 mois. Parmi ces foyers , une école : l’école élémentaire publique Aliette Hortense de La Saline.

Pour être sélectionné encore fallait-il répondre à des critères très stricts :

  • Être implanté sur le territoire de la côte Ouest (La Possession, Le Port, Saint-Paul, Trois-Bassins ou Saint-Leu)
  • Disposer d’un jardin ou d’un espace extérieur non bétonné et sécurisé
  • Ne pas avoir de composteur ou d’animaux remplissant déjà la fonction de « réducteur » de déchets
  • Être disponible pendant la durée de l’opération du 7 janvier au 26 mai 2018, ou s’engager à assurer la continuité de l’action en cas d’absence

Le TCO a offert aux vingt foyers témoins deux poules, un poulailler fabriqué à partir de palettes recyclées (recyclage, toujours !), du matériel de pesée et un guide.

 

Durant toute la phase d’expérimentation, les foyers vont être accompagnés par le TCO et les membres de l’Association Eco Manifestation Réunion. Les participants bénéficieront ainsi de précieux conseils sur l’installation et l’entretien du poulailler ainsi que sur les soins à apporter aux poules.
En contrepartie, les foyers ont dû construire un enclos afin que les poules puissent gambader en toute sécurité, ils devront peser les déchets organiques donnés aux poules, faire des retours réguliers de l’expérience auprès du TCO et cela durant les cinq mois de l’expérimentation. A la fin, ces données permettront au TCO de dresser un bilan objectif.
Ah, j’oubliais… interdiction pour les foyers de vendre ou de manger leurs poules. Du moins pour la durée de l’expérience !

Pour certains de ces foyers, avoir des poules était déjà un souhait, mais ils n’avaient jamais franchi le pas. La crainte était souvent celle de ne pas y arriver, de ne pas savoir faire. Grâce à l’accompagnement dont ils bénéficieront pendant cinq mois, ces foyers y voient une chance de mener à bien leur projet.

Sources :
TCO

  

Visite du Cimetière de l’Est

Sur le front de mer de Saint-Denis, un long mur blanc sépare le boulevard Lancastel de la mer. Ce mur ceinture les dernières demeures de nombreux Réunionnais des siècles précédents et de nos jours.
Je vous invite à pénétrer et à découvrir le Cimetière de l’Est.
Armez-vous d’une casquette, car lorsque le soleil brille, il y fait très chaud et l’insolation est vite arrivée. Ici, pas un seul arbre pour offrir son ombre rafraichissante au visiteur. Vous ne pourrez compter que sur celle des caveaux.

Pourquoi un article sur un cimetière, vous demandez-vous ? Sinistre ? Non, car le Cimetière de l’Est est un lieu qui mérite que l’on s’y arrête. Comme quoi, les musées et les anciennes demeures ne sont pas les seuls lieux mémoriels à raconter aux visiteurs, l’histoire d’une population, d’une région, d’une époque.
Lorsque l’on franchit l’un des nombreux portails du Cimetière de l’Est, on est frappé par la taille du lieu, mais aussi par la variété des tombes qui s’y trouvent. Certaines, toutes blanches, sont d’une grande simplicité alors que d’autres sont couvertes d’un précieux marbre gris ou rose. Certains caveaux, austères et sombres, côtoient des caveaux richement décorés. La statuaire aussi se fait diverse. Des statues de pierre grise, taillées par des artisans des siècles passés, sont rongées par les années, le sel de la mer trop proche, les intempéries et – de nos jours – les gaz des pots d’échappements.
Par endroit, des taches de rouge et de jaune vifs – que l’on comprend ne pas être des bouquets de fleurs – attirent le regard et intriguent le visiteur peut habitué à voir ces couleurs dans un tel lieu. Des tombes fleuries et entretenues avoisinent des tombes oubliées et délaissées.
Au fil de sa promenade, le visiteur traverse les siècles en déambulant entre des monuments uniques et anciens et d’autres froids et standardisés.

Un petit historique du Cimetière de l’Est, juste pour se mettre dans l’ambiance du lieu…

C’est en 1825 qu’est créé, à l’est de Saint-Denis, un nouveau cimetière. Il gardera le nom de Cimetière de l’Est pour se différencier du Cimetière de l’Ouest, implanté en 1784, et abandonné par la suite, pour cause de problèmes de salubrité publique. Un nouveau cimetière s’avère alors nécessaire.
Un nouveau cimetière plus grand, démographie et urbanisation obligent.
Mais quelques décennies plus tard, ce nouveau cimetière montre ses limites. En 1850, la première concession est agrandie de 800 mètres. Composé de lots, cet agrandissement est sillonné d’allées ombragées par des filaos (aujourd’hui disparus, malheureusement). D’autres agrandissements seront par la suite nécessaires. De nos jours, le cimetière a atteint sa taille maximale. Saturé, plus aucune concession n’y est attribuée. Seules les familles possédant déjà des concessions peuvent y faire inhumer leurs défunts.

Repose en paix…

Le Cimetière de l’Est n’est, semble-t-il pas, un lieu de tout repos pour ceux qui, justement, y prétendent pour l’éternité. En effet, le mur nord du cimetière, celui qui sépare l’Océan Indien des tombes, a été emporté de nombreuses fois par les vagues cycloniques. Lors d’une de ces destructions, en 1948, ce pan de mur ne sera reconstruit que 20 ans plus tard.
C’est pour cette raison que tout visiteur déambulant dans le Cimetière de l’Est peut observer une densité plus importante de tombes le long du mur sud. A l’origine, ce mur séparait le cimetière de la voie ferrée. Lorsque celle-ci est remplacée par le Boulevard Lancastel – dans la seconde moitié du XXème siècle – les accès existants dans le mur sud sont fermés.

source : cimetière de l’Est

Cimetière marin… Cimetière de marins…

Comme je le disais en début d’article, le Cimetière de l’Est est loin d’être l’un de ces cimetières aux tombes toutes standardisées, sorties tout droit d’usine, toutes identiques avec leur marbre gris, froid et impersonnel – hormis dans la partie la plus récente, où l’on peut en effet observer quelques tombes de ce type. Il faut pénétrer plus loin pour découvrir un peu de l’histoire de la Réunion. En effet, le Cimetière de l’Est est le plus important cimetière marin de l’île. Depuis 1929, marins, capitaines, enseignes de vaisseau… y sont inhumés.

En cherchant bien – ou en demandant de l’aide au personnel, ce sera beaucoup plus simple – vous découvrirez la tombe de Charles Pierre Sion, enseigne de vaisseau, mort en 1881, à Saint-Paul, à l’âge de 22 ans ou Jean-Baptiste François Guillaume Lerestif, capitaine au long-cours.

Le statut social est important, même dans la mort

Le Cimetière de l’Est c’est aussi l’histoire des hommes et des femmes venus de leur plein grès – ou pas – à la Réunion. Car même dans la mort, les statuts sociaux ont encore leur importance : on ne mélange pas esclaves et hommes libres, riches propriétaires et modestes pêcheurs. Les morts ont leurs « quartiers », tout comme ils en avaient de leur vivant.
Petit rappel historique : La Réunion a été une colonie, où de nombreux hommes et femmes venus d’Afrique, ont été réduits en esclavage pour travailler dans les champs de caféiers puis de cannes à sucre et cela jusqu’en 1848, année de l’abolition de l’esclavage. Et même mort, un esclave restait un esclave. Si la mort le libérait de ses chaînes, elle ne lui rendait pas son statut d’homme libre. Lorsqu’ils mouraient, les esclaves étaient séparés des défunts de la population libre. Murs et entrée distincte séparaient les lieux d’inhumation. Seule Toinette – une esclave affranchie – a été enterrée au Cimetière de l’Est. Sa tombe de marbre blanc est entourée de tombes d’hommes et de femmes libres.


Et parmi la population libre, des distinctions sont apparentes même dans la mort. Au nord du cimetière, les riches font édifiés d’énormes et somptueux caveaux ou pierres tombales. Au sud, les tombes des plus modestes se côtoient de façon désordonnée. Ici, pas d’allées et de belles pierres tombales.

Un muret ou quelques galets peints en blanc, délimitent les tombes et l’on se voit parfois obliger de les enjamber pour passer, tant la progression s’avère difficile dans cette partie du cimetière.


Quant aux condamnés à morts, ils sont relégués loin des autres défunts, dans un espace extérieur.

Un mélange de peuples et de religion

Le Cimetière de l’Est est aussi le témoignage de la pluralité ethnique et de la multiplicité des religions de l’île. En arrivant vers le centre du cimetière, le visiteur peut découvrir des sépultures longues et arrondies sur le dessus. Ces anciennes sépultures chinoises ont adopté le modèle Hakka.

L’architecture funéraire chinoise symbolise l’harmonie universelle.

Les Hakkas représentent une grande partie des ancêtres des Réunionnais descendants de Chinois. La présence de croix sur leurs tombes est la preuve du processus de christianisation de ces bouddhistes.

Les traditions des provinces d’origine sont respectées dans l’aménagement du cimetière

Autre peuple et autre religion : les Indiens engagés introduits dans l’île après l’abolition de l’esclavage. Plus de 120 000, débarqueront à la Réunion et y resteront. Contrairement à la coutume hindouiste qui incinère ses morts, les Indiens vivants à Saint-Denis seront inhumés au Cimetière de l’Est.
Comme pour les Hakkas, le processus de christianisation est visible sur les tombes des engagés. Souvent, ceux-ci pratiquaient le double culte.
Mais, à partir des années 1970, les Indiens ne veulent plus cacher leur croyance religieuse. Sur les tombes, les couleurs vives et des signes ostentatoires font progressivement leur apparition, témoignant de leur appartenance culturelle hindouiste. Surplombant les tombes hindoues, le trident en hommage au dieu Shiva se dresse, d’un jaune vif presque aveuglant à la lumière du soleil. Colliers de fleurs, foulards colorés, symboles hindous s’affichent sur les tombes.

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D’autres « célébrités » de l’île sont inhumées au Cimetière de l’Est :

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Loin des cimetières modernes composés d’innombrables tombes identiques, faites de marbre ou de granit gris, le Cimetière de l’Est montre à voir de nombreux édifices néoclassiques, preuve de l’importance des métiers d’art au XIXème siècle. Ce n’est qu’à partir de 1946 que la standardisation des tombes mettra fin aux métiers de tailleurs de pierre, de sculpteurs, de maçons et de ferronniers au Cimetière de l’Est.

source des informations :
– Cimetière de l’Est