Un cachalot sur la route

Aujourd’hui, je voulais vous présenter un travail que nous avions à rendre dans le cadre le la licence 3 FLE. Ce devoir noté a été réalisé en binôme avec Sandra et avait pour consigne d’exposer et d’analyser un malentendu linguistique et culturel. Je vais vous épargner notre analyse et me contenter de vous donner à lire le dialogue, source de malentendu, que nous avions inventé entre un Réunionnais et un touriste métropolitaine.

Voici notre texte :

Fabrice, un métropolitain, vient pour la première fois à la Réunion, afin de passer deux semaines de vacances. Il profite de son bref séjour pour découvrir l’île, sa nature et ses traditions. Afin de vivre de façon authentique durant son séjour, il a évité les hôtels et la côte ouest, trop touristiques à son goût. Il loue une chambre chez l’habitant, dans une ravissante case bordée de champs de cannes, un peu dans les hauteurs de l’est et en retrait de la vie trépidante des villes de la côte. Ses logeurs, un couple d’un certain âge, l’ont accueilli chaleureusement, lui faisant découvrir les spécialités culinaires de l’île et un mode de vie traditionnel.

Ayant entendu dire qu’il y a des cachalots à la Réunion et ne sachant où se rendre pour en voir, il se renseigne auprès de Georget, son logeur. Il le rejoint à l’ombre de la varangue* pendant que son épouse prépare le déjeuner dans la cuisine extérieure de la case : un bon carry poulet au feu de bois.

Fabrice : J’ai entendu dire qu’à la Réunion, vous aviez la chance d’avoir des cachalots.
Georget : Oui ! Sa lé gros, oui ! (Ils sont énormes !), dit-il fièrement en écartant les bras, le plus possible.
Fabrice : Et on peut les voir à quel moment de l’année ?
Georget : Toujours pareil… pendant la coupe la canne.
Fabrice : Ah ?… La période où la canne est coupée correspond à celle où l’on peut voir des cachalots ?
Georget : Oui ! Mais attention avec les cachalots, hein… parfois y’a des accidents.
Fabrice : Avec les bateaux ? dit-il surpris.
Georget : Non !… Avec band’ l’auto… les voitures, hein, ou les motos, répond le logeur en dévisageant le touriste.
Fabrice : … Comment un cachalot peut-il avoir un accident avec… une voiture ou une moto ? demande-t-il surpris, après un moment de silence.
Georget : Ben… zot i roulent vite…  toujours pressés ! hésite le Réunionnais.
Fabrice : En roulant ? Ah… Vous transportez les cachalots par la route à la Réunion ? s’exclame-t-il l’air effaré.
Georget : Non…zot i arrivent tout seuls… i transportent la canne ! dit le Réunionnais décontenancé, les yeux  ronds.
Fabrice : Hein?… Ils viennent tout seuls ?… Mais comment un cachalot peut-il transporter de la canne ?
Georget : Dans sa benne, oté ! répond-il agacé.
Fabrice : Dans sa benne ? Je suis perdu ! On parle bien de grands cachalots… de baleines ?
Georget : De baleines ?… Ah non… de camions… à la Réunion, un cachalot c’est un camion !

source photo : AquaPortail

Eh,oui ! Le cachalot, comme bien d’autres mots identiques mais au sens différents en français et en créole réunionnais, sont source de confusions et de malentendus. Dans un précédent article, je vous avais listé quelques faux amis.
Mais comment, un cachalot, géant des océans et cétacé bien connu au même titre que les baleines à bosses et les dauphins s’est-il « transformé » en camion transporteur de cannes, à la Réunion ?
Eh, bien tout se passe dans les années 70. Les antiques charet’bèf (charrette tirée par des boeufs) et les tracteurs, utilisés pour transporter les cannes coupées à l’usine, ne répondent plus aux exigences. Il faut des engins plus rapides, plus rentables bref, plus modernes. C’est ainsi que sont débarqués dans l’île, en 1971, dix semi-remorques de neuf mètres de long pouvant transporter jusqu’à 16 tonnes de cannes.

Mais pourquoi ce nom de cachalot ? Eh, bien c’est là qu’est née une légende. Enfin, plusieurs, car il existe plusieurs explications concernant l’origine du nom de ce camion.
Première version : Ce serait un journaliste, qui en voyant débarquer ces énormes camions, aurait été impressionné par leur taille et les aurait baptisés « cachalot ». Et le nom est resté !
Seconde version : Deux cachalots (des vrais, ceux-là, avec des nageoires et un évent) se seraient échoués à Saint-Pierre le jour même où une remorque s’est accidentellement renversée près du l’usine du Gol (à Saint-Louis). Un amalgame, qui a donné son nom au camion.
Troisième version : Le jour de l’arrivée du premier camion transporteur de cannes à sucre, un cachalot (une baleine) s’était échoué sur une plage. En entendant le mot “cachalot”, les Réunionnais ont cru qu’il s’agissait du camion. Depuis, ces poids lourds sont appelés ainsi à la Réunion.

Aujourd’hui ces imposants camions (toujours appelés cachalot) font 16,5 mètres de long, 4,6 mètres de haut et 2,5 mètres de large pour 18,5 tonnes à vide et transportent plus de 25 tonnes de cannes. Et malgré ce qu’en pensent les automobilistes coincés derrière, un cachalot a une vitesse de pointe pouvant aller jusqu’à 85 km/h (voire 90 km/h dans les descentes lorsque la remorque pousse, d’après les chauffeurs). Aujourd’hui plus d’une centaine de cachalots roulent sur les routes réunionnaises pour effectuer les nombreux allers-retours entre les plate-formes et les usines de l’île durant toute la saison de la coupe de la canne.

* varangue : terrasse couverte. Le mot varangue est dérivé du mot véranda. Si vous voulez en savoir plus sur la varangue, c’est ici.

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