Le pont suspendu de la Rivière de l’Est

Je vous invite aujourd’hui à découvrir l’un des ouvrages d’art les plus admirés et photographiés de toute l’île, un site touristique majeur… j’ai nommé… ( roulement de tambour)….

… Le pont suspendu de la Rivière de l’Est !
Situé à l’entrée nord de la commune de Sainte-Rose (propriétaire de l’ouvrage d’art), le pont suspendu permet le franchissement de la Rivière de l’Est et fait office de frontière communale entre les communes de Saint-Benoît et de Sainte-Rose.

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La Rivière de l’Est – qui est en fait un fleuve, prenant sa source à 2 350 mètres d’altitude près du Piton de la Fournaise – est l’un des cours d’eau les plus dangereux de l’île en raison de ses crues souvent phénoménales et dévastatrices lors de la saison des pluies.

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Avant la réalisation du pont, la Rivière de l’Est constituait un obstacle difficilement franchissable pour la circulation.

source : ImazPressRéunion


Un peu d’histoire…
Dès la colonisation de l’île, la Rivière de l’Est pose un problème de franchissement. A partir de 1840, plusieurs tentatives de constructions se succèdent, mais les variations du niveau de la Rivière de l’Est emportent les ouvrages. Pour exemple, le premier pont suspendu est détruit par une crue exceptionnelle, seulement trois ans après son inauguration.
En 1962,  l’ingénieur en chef des Ponts et Chaussées, Pierre-Joseph Bonnin (qui dirigea les travaux du port de Saint-Pierre) est chargé de remplacer ce pont. L’ingénieur choisit un endroit plus en amont que celui de l’ancien pont, là où le lit de la Rivière de l’Est est le plus étroit. Commencent alors les travaux de ce nouveau pont suspendu.
Mais, l’avancement du chantier ne se passe pas comme prévu.
En 1866, le pylône en maçonnerie de la rive droite est construit. En 1867, le chantier est interrompu à cause de la crise économique qui frappe l’île. Le chantier est relancé en 1888 après qu’une délégation du conseil général ait manqué de se noyer en tentant de franchir un radier en crue. En 1889, le pylône en maçonnerie de la rive gauche est à son tour construit.
Une simple passerelle suspendue permet alors le passage des piétons. Quant aux charrettes et aux voitures particulières, elles doivent encore emprunter des radiers pour traverser le lit de la rivière. Mais ceux-ci s’avèrent infranchissables lorsque le débit de la rivière augmente et les submerge.
En 1891, deux projets de ponts furent présentés. Ce fut le projet de pont suspendu de l’ingénieur Ferdinand Arnodin qui fut retenu. Celui-ci proposait d’utiliser les deux piles de maçonnerie construites par Pierre-Joseph Bonnin.

Ferdinand Arnodin
source : C’estEnFrance

Ferdinand Arnodin est un spécialiste des ponts à câbles et se trouve être l’inventeur des ponts transbordeurs :

A partir de 1892, les pièces métalliques sont fabriquées dans les ateliers de l’entreprise Arnodin, puis acheminées par bateau, depuis le Havre vers la Réunion. L’ensemble est assemblé sous la direction de Georges Arnodin – le fils de Ferdinand du même nom. Le tablier est suspendu grâce à douze câbles paraboliques (ou porteurs) et vingt câbles obliques de rigidité.

( Petite parenthèse…

Alors, si comme moi, vous n’y connaissez rien en ponts et que les données ci-dessus vous sont hermétiques, voici un petit schéma pour vous aider à y voir plus clair :

 

source : infovisual

Les câbles paraboliques, ou porteurs, supportent le tablier par l’intermédiaire des suspentes.
Quant aux câbles obliques de rigidité (qui n’apparaissent pas sur le schéma), ils permettent d’augmenter la rigidité de l’ouvrage lorsque le tablier ne comporte pas de véritables poutres de rigidité, en diminuant la partie suspendue aux câbles paraboliques.

Dix des vingt câbles obliques de rigidité (les « fins » pas les deux gros en haut de la photo) du pont suspendu de la Rivière de l’Est.

Fin de la parenthèse et retour sur l’histoire du pont suspendu…)

En décembre 1893, le nouveau pont suspendu est inauguré et est ouvert à la circulation en 1894. Avec une portée maximale de 152 mètres, le pont suspendu de la Rivière de l’Est est alors le plus long pont du monde.

Piétons et véhicules peuvent enfin franchir la Rivière de l’Est en toute sécurité.
Et le pont suspendu s’avère être un ouvrage d’art solide : il résiste à tous les cyclones tropicaux qui ont frappé l’île, ainsi qu’à un glissement de terrain qui provoqua une crue impressionnante en 1927.

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Afin de répondre aux normes de sécurité actuelles, un nouveau pont routier en béton, dédié aux véhicules, est bâti en 1979, quelques mètres en amont du pont suspendu. Celui-ci devient alors un lieu de promenade, seulement emprunté par les piétons, admiré et photographié par les promeneurs, qu’ils soient touristes ou locaux.

Mais depuis le 29 janvier 2016, en raison de sa vétusté, le pont suspendu de la Rivière de l’Est n’est plus accessible aux piétons. Ce qui n’empêche pas de venir l’admirer et le photographier !

source : Clicanoo

Quelques caractéristiques du Pont suspendu de la Rivière de l’Est :

Le pont suspendu proposé par Ferdinand Arnodin se trouve à 42 m au-dessus de la Rivière de l’Est et est situé à 3,5 km du rivage. Son tablier de bois, long de 147,9 m s’appuie sur des piles de pierre et est porté par 103 km de câbles, 61 tonnes d’acier et 25 000 kg de fonte. Large de 5,3 m, le pont permettait le passage des véhicules sur une voie charretière de 4,7 m de large, bordée de trottoirs.

 

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Un monument historique…

Depuis le lundi 7 mai 2018, le pont suspendu de la Rivière de l’Est est classé au titre des monuments historiques (le plus haut degré de protection).

Extrait du communiqué de  presse de la préfecture de la Réunion du 23 mai 2018 : « le pont de la rivière de l’Est est inscrit au titre des monuments historiques depuis 2014 par arrêté préfectoral. La commission régionale du patrimoine et des sites ayant émis un vœu de classement, le dossier a été présenté devant la commission nationale des monuments historiques à Paris. L’arrêté ministériel de classement, signé le 7 mai 2018, reconnaît l’intérêt public à la conservation de cet édifice de la fin du XIXe siècle, considéré comme un remarquable témoignage des réalisations de l’entreprise Arnodin, par son élégance architecturale et ses caractéristiques techniques.
Le pont suspendu de la rivière de l’Est est le 18ème monument classé au titre des monuments historiques à La Réunion qui compte au total 187 monuments historiques. »

 

 

Mais le monument est en danger, rongé par la rouille. En 2017, un diagnostic réalisé par le bureau d’études SAFEGE avait pointé l’ampleur des dégâts et l’urgence à entamer des travaux.
La stabilité de l’ouvrage, non garantie en cas de cyclone intense, et l’absence de protection anticorrosion sont quelques-uns des points soulevés par le bureau d’études. Sept des haubans sont très abimés et les dégradations ont atteint un stade très avancés : rupture de nombreux fils et une corrosion à cœ“ur. Au niveau de la charpente, une détérioration mécanique importante a été détectée. Et l’intervention d’un géotechnicien est conseillée afin d’établir un diagnostic au niveau de la falaise (risques de glissement de terrain, stabilité des rives…)
Pour les experts, des travaux de remplacement de la câblerie, du haubanage et de remise en état de la protection anticorrosion sur câbles et charpente doivent être effectués au plus vite afin de mettre l’ouvrage en sécurité.
Le rapport du bureau d’études donne la notation la plus extrême (3U) pour la structure, les équipements et éléments de protection, d’appuis et portant sur la stabilité de l’ouvrage. Notation qui correspond à un ouvrage « dont la structure est gravement altérée et qui nécessite des travaux de réparation urgents liés à l’insuffisance de capacité portante de l’ouvrage ou à la rapidité d’évolution des désordres pouvant y conduire à brève échéance« .
Ces dégâts actuels sont la conséquence d’un manque d’entretien du pont, la dernière réhabilitation remontant à plus de vingt-six ans !
La restauration est estimé entre 8 et 10 millions d’euros et, sauf travaux conservatoires à réaliser au plus vite, le lancement du chantier de restauration devrait débuter fin 2019, début 2020. La valorisation historique de l’ouvrage auprès du grand public sera aussi au programme.

Sources infos :
Guide Réunion
Wikipédia
Mi aim a ou
DTRF

SlideShare : Exposé d’étudiant de l’Université Hassiba Ben Bouali, Chlef
Clicanoo
ImazPressRéunion

 

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