Nostalgie

Petit coup de blues aujourd’hui…
Je m’arrête un instant et prends le temps de regarder autour de moi. Où est la ville que j’ai connue lorsque j’étais enfant ? Je ne vois que des immeubles toujours plus hauts, des voitures toujours plus nombreuses et des gens toujours plus pressés. J’ai l’impression que tout a changé si vite que je ne m’en suis même pas rendue compte.

Lorsque j’étais enfant, il n’était pas rare de voir des pêcheurs à la gaulette le long des plages de galets de Saint-Denis ou dans de petites barques colorées. On attendait patiemment leur retour pour leur acheter, à peine débarqué, le poisson tout juste pêché.

pêcheur 2

Au fond des ravines, des femmes lavaient le linge puis elles l’étendaient sur les galets pour qu’il sèche et patientaient en discutant joyeusement.
Des marchands ambulants de fruits, de légumes et de sirop de tamarin passaient de maison en maison en criant « na poin personne ? » et restaient un instant pour « faire la causette » avec leurs clients.
Dans les champs de cannes, les « charet’ bef » emmenaient lentement, les cannes fraîchement coupées jusqu’à l’usine.

               charette boeuf    charette béf

On se ravitaillait à la « boutik sinois » du coin de la rue, joyeux bazar où on trouvait un peu de tout : balai et pain chaud, mouchoirs en papier et boites de conserve, savonnettes et chocolatines *…

Mais aujourd’hui, les pêcheurs se font rares, les femmes ne se rendent plus aux ravines avec leur baluchon de linge sur la tête et les marchands ambulants ne passent plus de maison en maison avec leurs paniers pleins et leur petite histoire à raconter. Avec la multiplication des immeubles et résidences sécurisés, comment pourraient-ils faire de toutes façons ?
Même les petites boutiques de quartiers, tenues par les Chinois, ferment leurs portes, remplacées par des magasins toujours plus grands et plus impersonnels où personne ne connaît plus personne. A Saint-Denis, on peut compter sur les doigts d’une main, les « boutiks sinois » toujours ouvertes vendant du pain chaud et des aliments de base. Elles sont pourtant bien pratiques lorsque l’on n’a ni l’envie, ni le temps de prendre sa voiture et de se retrouver dans une longue file d’attente à la caisse d’un hyper, juste pour un ou deux articles oubliés.

boutique chinois

Les bœufs ne tirent plus les lourdes charrettes chargées de cannes. Ils ont été remplacés par de puissants tracteurs ou par des cachalots*. Les bœufs promènent aujourd’hui dans leur charrette, les touristes en quête d’exotisme ou les Réunionnais empreints de nostalgie… comme moi…

tracteur dans champs de cannes

Bien sûr, le progrès a du bon et je suis la première à le reconnaître.  Mais ça ne m’empêche pas d’être nostalgique d’une époque finalement pas si lointaine.

* chocolatine : c’est ainsi que les Réunionnais appellent parfois les pains au chocolat.
* cachalot : il ne s’agit pas ici d’un cétacé, mais d’un camion exclusivement réservé au transport de la canne.

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